En proie aux répercussions des révélations de « dettes cachées » sous l’ancienne administration et aux négociations prolongées avec les bailleurs internationaux, le Sénégal voit sa signature financière à nouveau dégradée. Moody’s anticipe une décote majeure pour la dette extérieure commercialisée, tout en saluant les efforts de réformes de recettes appuyés par la BAD.
La pression sur les finances publiques sénégalaises franchit un nouveau palier. L’agence de notation financière Moody’s a une nouvelle fois abaissé la note à long terme du Sénégal en devises étrangères, la faisant passer de Caa2 à Ca. Dans son évaluation du Plan de traitement de la dette publique engagé par l’État, l’agence américaine anticipe une fourchette de pertes de 35 % à 65 % pour les créanciers privés externes.
Cette dégradation intervient dans un contexte macroéconomique fragilisé depuis 2024 par la révélation de plusieurs milliards de dollars de dette non déclarée héritée de l’administration précédente.
Cet héritage d’engagements financiers non comptabilisés continue de peser lourdement sur la solvabilité de l’État et de compliquer le dialogue avec les partenaires financiers. Selon les analystes de Bank of America, cités par des sources financières, une restructuration globale de la dette extérieure devient de plus en plus probable et pourrait même s’avérer inévitable d’ici au second semestre 2026, en raison de ces charges cachées et de la prolongation des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI).
Un constat partagé par l’agence Standard & Poor’s (S&P), qui a déjà abaissé la note de la dette sénégalaise à long terme en devises à CC. S&P juge désormais « extrêmement probable » un échange de titres en difficulté ou un défaut sur la dette commerciale extérieure.
Dans cette opération de rationalisation, le gouvernement sénégalais a clairement tracé une ligne rouge : la dette libellée en monnaie locale (Franc CFA) ne sera pas incluse dans le plan de restructuration. Prenant acte de cette décision, Moody’s maintient la note de la dette locale à Caa2, tout en prévenant qu’elle demeure exposée à des risques de liquidité élevés. Les notes de court terme restent quant à elles fixées à Not-Prime.
L’agence souligne toutefois un amortisseur clé pour Dakar : l’appartenance du Sénégal à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ce cadre d’intégration régionale permet au pays de limiter certains risques de défaillance systémique et d’assurer une continuité pour ses levées de fonds sur le marché obligataire régional.
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│ SITUATION DES NOTATIONS EN 2026 │
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│ Moody's (Devises) │ Ca (Chute de Caa2) │
│ Moody's (Monnaie) │ Caa2 (Maintenue - Dette exclue) │
│ S&P (Devises) │ CC │
│ Perspective Moody's │ Stable (Relevée de négative) │
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Un appui de 20 milliards FCFA de la BAD pour soutenir les réformes
La contrainte budgétaire renforce la nécessité d’un assainissement des finances publiques et d’une transparence accrue. Dans ce cadre, la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un financement de 20 milliards de francs CFA (environ 35 millions de dollars). Cet appui institutionnel vise directement à soutenir la modernisation de la collecte des recettes fiscales et à renforcer la sincérité de la présentation des comptes publics.
Signe d’une possible stabilisation à moyen terme malgré l’ampleur du traitement à réaliser, Moody’s a fait passer la perspective globale de la note souveraine du Sénégal de négative à stable. L’enjeu des prochains mois résidera dans la conclusion d’un accord définitif avec les bailleurs pour restaurer la confiance des marchés internationaux.
Par MATAR BAYA DIOP