Les éléments du commissariat de police de Richard-Toll, dans le nord-ouest du Sénégal, ont mis au jour une nouvelle affaire de fraude à l’état civil portant sur la délivrance illégale de documents administratifs sénégalais à des ressortissants étrangers. Trois individus ont été interpellés et sont poursuivis pour association de malfaiteurs ainsi que faux et usage de faux en écritures publiques.
Selon les informations rapportées par le quotidien Libération, le profil des suspects arrêtés témoigne de la diversité des acteurs impliqués dans ce réseau clandestin :
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Abdoulaye Bah (24 ans) : ressortissant guinéen, conducteur de moto-tricycle domicilié au quartier Campement Isra de Richard-Toll ;
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Moussa Ndiaye (95 ans) : agent municipal en service à la mairie de Mbane ;
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Mamadou Ba (56 ans) : retraité et chef du village de Niary.
L’affaire a éclaté le 12 octobre dernier dans les locaux du commissariat de police de Richard-Toll. Ce jour-là, le jeune Abdoulaye Bah se présente pour déposer une demande de Carte nationale d’identité (CNI) biométrique.
Lors du contrôle de routine et de la vérification des pièces justificatives, la vigilance de l’agent de police en charge du dossier paye : l’extrait de naissance présenté par le requérant comporte des anomalies suspectes, bien qu’il arbore la signature et le cachet officiels de l’officier d’état civil de la mairie de Mbane.
Sommé de s’expliquer sur l’authenticité de sa pièce d’état civil, le jeune ressortissant guinéen a rapidement fini par passer aux avoeux, reconnaissant la falsification avant d’exposer la filière qui lui a permis de se procurer le document.
Les déclarations du principal suspect ont permis aux enquêteurs de remonter la chaîne des intermédiaires :
Le rôle de l’intermédiaire : Abdoulaye Bah a affirmé avoir remis la somme de 80 000 FCFA à Hamadou Ba pour obtenir le faux extrait de naissance. Interrogé à son tour, ce dernier a contesté ce montant, prétendant n’avoir reçu que 20 000 FCFA des mains de l’oncle du requérant pour accomplir les démarches.
L’implication de l’agent municipal : Poursuivant ses aveux, Hamadou Ba a indiqué avoir sollicité l’agent municipal Moussa Ndiaye Diop (95 ans) à la mairie de Mbane, auquel il aurait versé 11 000 FCFA pour la confection administrative de l’acte.
Le modus operandi au cœur de la mairie de Mbane
Entendu par les enquêteurs du commissariat de Richard-Toll, l’agent municipal nonagénaire a reconnu les faits. Il a détaillé la méthode employée pour contourner les procédures légales :
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Création d’un acte fictif : attribution arbitraire d’un numéro d’enregistrement inexistant dans le registre officiel de la commune.
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Validation par ruse : introduction de l’extrait contrefait au milieu d’un lot de documents authentiques soumis à la signature de routine de l’officier d’état civil.
L’agent municipal a tenu à préciser que l’officier d’état civil de la mairie de Mbane n’était aucunement informé de la manœuvre et n’était pas impliqué dans ce réseau.
Un problème récurrent de sécurisation des documents administratifs
Cette nouvelle arrestation remet en lumière les failles du système d’archivage et de délivrance des pièces d’état civil dans certaines collectivités territoriales. La vénalité de certains agents et la complicité d’intermédiaires locaux continuent de fragiliser la fiabilité du fichier national d’identité.
Les trois mis en cause ont été placés en garde à vue et présentés devant le parquet compétent pour répondre des griefs d’association de malfaiteurs et de faux en écritures publiques.
Par MATAR BAYA DIOP