Secrétariat général de l’ONU : Les dessous du retrait de Macky Sall, entre veto menaçant et fractures diplomatiques

L’ambition de voir un nouveau dirigeant africain prendre les rênes de l’Organisation des Nations Unies s’est heurtée à la réalité du multilatéralisme. Annoncé le samedi 17 octobre 2026, au lendemain d’un vote indicatif décisif au Conseil de sécurité, le retrait de la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall marque la fin d’une trajectoire diplomatique complexe.

Dans un entretien accordé au quotidien L’Observateur, Régis Hounkpè, spécialiste en géopolitique, coopération internationale et communication stratégique, livre une analyse sans concession des verrous politiques, continentaux et géopolitiques qui ont eu raison des prétentions de l’ex-chef d’État.

La menace d’un veto couperet au Conseil de sécurité

Au cœur du renoncement de Macky Sall se trouve une arithmétique diplomatique devenue défavorable. Lors du scrutin informel du 16 octobre, les équilibres au sein des quinze membres du Conseil de sécurité — et particulièrement des cinq membres permanents (P5) disposant du droit de veto — se sont avérés insurmontables.

« Le Président Macky Sall était sous la menace d’un veto supplémentaire qui clairement indiquerait qu’il n’était plus forcément en position de gagner », explique Régis Hounkpè.

Pour l’expert, le constat est clinique : les bulletins d’orientation n’ont pas permis à l’ancien président de se positionner parmi les favoris. « Les votes indicatifs qui auraient pu permettre au Président Macky Sall de se retrouver en pole position lui ont certainement manqué », poursuit-il. Face à l’impossibilité d’obtenir l’assentiment unanime des grandes puissances, la poursuite de la campagne s’apparentait à une impasse.

Si les rivalités entre superpuissances expliquent une partie de l’échec, Régis Hounkpè pointe deux vulnérabilités majeures qui ont miné la candidature de Macky Sall dès son origine :

L’absence d’union sacrée au Sénégal : Sur le plan national, la candidature pâtissait d’un manque de ferveur populaire et politique. « Même à l’intérieur de son propre pays, la candidature n’était pas unanimement sollicitée, voulue », observe le géopolitologue.

Une Afrique divisée : Malgré le parrainage initial de sa candidature par le Burundi en mars 2026, l’Union africaine n’a pas su former un bloc monolithique derrière le dirigeant sénégalais.

Pour le spécialiste, ces carences rappellent que le poids démographique ou symbolique du continent africain ne saurait supplanter la rigueur des rapports de force internationaux. Sans consensus régional fort ni diplomatie d’influence parfaitement verrouillée, la traversée des obstacles au Conseil de sécurité relève de la gageure.

L’évolution des votes indicatifs a également révélé une reconfigurations des attentes multilatérales. La tendance au sein du Conseil de sécurité semble s’orienter préférentiellement vers une candidature issue d’Amérique latine ou des Caraïbes, idéalement portée par une femme.

L’exemple de la Costaricienne Rebeca Grynspan illustre la complexité de cette course : bien qu’ayant récolté neuf voix d’encouragement lors du scrutin du 16 octobre, elle s’est également heurtée à cinq voix défavorables, dont deux émanant de membres permanents.

Dans ce contexte de fragmentation où aucun candidat ne parvenait à faire l’unanimité, Macky Sall a préféré acter l’évolution des forces en présence. « Le Président Macky Sall, au regard de cette réalité, s’est rendu compte qu’au comptage de ses amis et de ses soutiens politiques et géopolitiques, il en aurait moins », souligne Régis Hounkpè, concluant que l’ancien chef d’État s’est rendu à l’évidence : « la partie n’était plus jouable pour lui ».

Interrogé sur le rôle des autorités sénégalaises actuelles, Régis Hounkpè est revenu sur l’attitude du président Bassirou Diomaye Faye. Ce dernier avait fait le choix d’apporter son soutien officiel à son prédécesseur, surmontant ainsi les profondes divergences politiques internes marquées par l’opposition entre l’ancien régime et la majorité actuelle, incarnée également par le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.

Si Régis Hounkpè salue une initiative diplomatique forte — « Le président Diomaye Faye a fait sa partition, il a joué sa carte » —, il constate que cette intervention est arrivée tardivement dans le processus : « Ça a été une carte intervenue à mi-parcours… Et clairement, cela n’a pas suffi ».

Ce soutien tardif aura néanmoins eu le mérite d’adresser un signal de responsabilité d’État et de solidarité continentale, réaffirmant le principe selon lequel les nations africaines doivent faire bloc derrière leurs ressortissants lorsqu’ils visent les plus hautes responsabilités internationales.

Quel enseignement pour la diplomatie africaine ?

Le retrait consenti par Macky Sall — intervenu après des échanges directs avec Bassirou Diomaye Faye et le président burundais Évariste Ndayishimiye — s’inscrit, selon ses propres mots, dans la volonté d’aider à l’émergence d’un consensus international.

Au-delà du cas individuel de l’ancien chef d’État sénégalais, cette élection avortée offre une leçon magistrale pour le continent africain. Comme le résume l’analyse de Régis Hounkpè, elle pose une interrogation stratégique essentielle : comment l’Afrique peut-elle structurer son influence et harmoniser ses ambitions internes pour réussir à transformer sa stature démographique et politique en pouvoir décisionnel réel au sein des plus hautes instances multilatérales ?

Par Matar Baya DIOP

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