Dakar, le 2 novembre 2026 — Le secteur énergétique sénégalais traverse une zone de fortes turbulences. Alors que les ménages subissent déjà des coupures d’électricité intempestives, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan tire la sonnette d’alarme : l’enveloppe budgétaire dédiée aux subventions est totalement asséchée. Sans un arbitrage financier d’urgence via le Projet de loi de finances rectificative (PLFR 2026), le pays s’expose à un blocage majeur de son approvisionnement en carburant et à une aggravation des délestages.
Un budget de 250 milliards de FCFA totalement consommé
C’est une alerte au plus haut sommet de l’État. Le Fonds spécial de soutien au secteur de l’énergie a officiellement consommé l’intégralité des crédits qui lui avaient été alloués dans la loi de finances initiale (LFI) pour l’exercice 2026. L’enveloppe de 250 milliards de FCFA est désormais épuisée.
Dans ses réponses écrites transmises aux députés, et dont dakar92 a rapporté le contenu, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan dresse un constat sans concession. L’incapacité à honorer le paiement des subventions dues aux acteurs du secteur fait peser une menace directe sur le marché national :
« Le non-paiement des subventions pourrait compromettre l’approvisionnement du marché en produits pétroliers, ainsi que celui des carburants nécessaires à la production d’électricité », avertit sans détours l’administration financière.
Sur le terrain, la crise n’est plus une simple prévision budgétaire : elle est devenue la réalité des usagers. Depuis le début du mois de septembre 2026, les coupures de courant se sont multipliées à Dakar ainsi que dans plusieurs localités de l’intérieur du pays, enregistrant des interruptions parfois particulièrement longues et répétées.
Pour justifier ces dysfonctionnements, la Senelec met en avant un cumul de facteurs défavorables :
-
Dépendance au fuel : Malgré la transition entamée avec l’introduction du gaz naturel liquéfié (GNL) en 2020, la Senelec reste fortement dépendante du fuel pour faire tourner ses centrales thermiques.
-
Flambée des cours mondiaux : Les tensions géopolitiques mondiales et le contexte de guerre avec l’Iran ont fait grimper les prix du pétrole brut de 60 à 100 dollars le baril en l’espace de quelques mois, alourdissant drastiquement la facture d’approvisionnement du fournisseur national.
Résultat : les arriérés de la Senelec — liés à la fois aux pertes commerciales et aux achats de combustibles — atteignent la somme vertigineuse d’environ 320 milliards de FCFA, sans compter les dossiers d’indemnisation encore sous examen au niveau de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE).
Le PLFR 2026 : Le recours ultime face à l’urgence budgétaire
Pour éviter un arrêt total des centrales et un blocage des pompes à essence, le gouvernement mise tout sur l’adoption en urgence du Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Ce texte doit permettre au Fonds spécial de renflouer ses caisses et d’honorer progressivement ses engagements financiers auprès des opérateurs pétroliers.
Le projet de texte prévoit ainsi l’ouverture de 540,3 milliards de FCFA de crédits additionnels, destinés en grande partie :
-
Aux compensations financières dues aux importateurs et distributeurs pétroliers.
-
À la couverture des charges d’exploitation et de production de la Senelec.
-
À l’alimentation du volet hydrocarbures du CERP, doté pour sa part de 72 milliards de FCFA.
Cette rallonge financière s’impose toutefois au milieu d’un cadre macroéconomique particulièrement dégradé. Le PLFR 2026 reflète des finances publiques sous forte contrainte :
| Indicateur financier (PLFR 2026) | Montant / Ratio |
| Déficit public prévisionnel | 7,6 % du PIB |
| Besoin de financement global | 6 774 milliards de FCFA |
| Baisse des recettes fiscales | – 453 milliards de FCFA |
| Dette non financière à régulariser | 300 milliards de FCFA |
| Subventions énergétiques | Multipliées par 3,2 |
L’épuisement précoce des crédits du Fonds spécial met en lumière le défi colossal auquel fait face l’État : soutenir à tout prix le pouvoir d’achat et la fourniture d’énergie sans faire exploser l’équilibre budgétaire du pays. Les débats parlementaires à venir s’annoncent décisifs pour l’avenir énergétique et financier du Sénégal.
Par MATAR BAYA DIOP