Le front syndical du transport routier sénégalais se fissure. Au lendemain de l’audience accordée par le président Bassirou Diomaye Faye à Alassane Ndoye, onze syndicats membres de la fédération prennent leurs distances avec leur dirigeant. Ils lui reprochent d’avoir rencontré le chef de l’État sans mandat et contestent désormais la portée des engagements pris au Palais. Derrière cette fronde, c’est une bataille de représentativité et de leadership qui se joue.
La rencontre avait tout d’une tentative d’apaisement. Elle produit finalement l’effet inverse. En recevant Alassane Ndoye au Palais, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, entendait manifestement renouer le fil du dialogue avec un secteur des transports routiers régulièrement secoué par les mouvements de grève.
Mais, dans les rangs syndicaux, cette audience est vécue comme un point de rupture.
Onze des quatorze syndicats membres de la Fédération des syndicats des transports routiers du Sénégal ont décidé de se désolidariser de leur président. Réunis au sein d’un cadre syndical, ils lui reprochent d’avoir rencontré le chef de l’État sans mandat préalable de la fédération. Pour eux, Alassane Ndoye ne pouvait pas parler au nom de l’ensemble des organisations sans avoir reçu l’aval de leurs instances.
« Il ne parle qu’en son nom »
Le grief est particulièrement lourd dans un milieu où la légitimité syndicale repose précisément sur le mandat donné par la base.
Les contestataires considèrent donc que les engagements pris lors de l’audience présidentielle ne sauraient engager l’ensemble du mouvement syndical. Leur position est sans ambiguïté : les décisions ou promesses issues de cette rencontre ne concernent qu’Alassane Ndoye et ceux qui lui ont donné mandat.
Dans les coulisses de cette fronde, une accusation politique et syndicale beaucoup plus sévère se fait entendre : certains responsables reprochent à Alassane Ndoye de privilégier ses intérêts personnels et sa propre position plutôt que la défense collective des travailleurs du transport.
Autrement dit, ses détracteurs estiment qu’il ne roulerait plus pour l’ensemble des transporteurs, mais d’abord pour lui-même.
Une accusation qui, à ce stade, relève de la position de ses adversaires syndicaux et qu’Alassane Ndoye pourrait être amené à réfuter. Elle traduit néanmoins l’ampleur de la défiance qui s’est installée au sein de la fédération.
Le Palais au cœur de la tempête
Cette crise intervient alors que le transport routier reste un secteur particulièrement sensible. Quelques mois plus tôt, le gouvernement avait déjà été confronté à une importante mobilisation des transporteurs. En avril 2026, une audience entre le président Diomaye Faye et Alassane Ndoye avait contribué à ouvrir la voie à la reprise du dialogue et à la suspension de la grève.
Le chef de l’État avait alors insisté sur la nécessité de renforcer le dialogue social avec les transporteurs, tout en appelant au respect des lois et règlements et à l’application des recommandations issues des États généraux des transports.
Mais la nouvelle contestation montre que le problème ne se limite plus aux rapports entre l’État et les syndicats. C’est désormais la représentation même des transporteurs qui est en question.
Les onze syndicats veulent reprendre la main
Les organisations dissidentes ne se contentent pas de désavouer leur dirigeant. Elles affirment vouloir remettre les revendications de fond au centre du débat.
Parmi leurs exigences figure notamment l’application effective du décret n°2021-160 du 3 décembre 2021, qui prévoit différents mécanismes de contrôle sur les corridors nationaux. Elles réclament également la relance du processus de transformation sociale des travailleurs du transport.
Le message envoyé au pouvoir est donc double : nous contestons la méthode d’Alassane Ndoye, mais nous ne renonçons pas à nos revendications.
Les onze syndicats se disent d’ailleurs disponibles pour un dialogue avec les autorités, à condition que celui-ci soit sincère et constructif.