Par la Rédaction
C’est une prise de parole au vitriole qui risque de faire des vagues jusqu’au sommet de l’État. À la suite du rejet retentissant du projet de texte encadrant les fonds spéciaux, le député de PASTEF, Amadou Ba, est sorti de sa réserve pour livrer une explication de texte sans concession. Entre accusation de blocage délibéré, dénonciation de manœuvres procédurales et remise en cause de la sincérité du pouvoir, le parlementaire assène un coup violent à la doctrine du « Jub, Jubal, Jubunti ».
Une exigence constitutionnelle transformée en piège politique
Pour comprendre la colère d’Amadou Ba, il faut remonter à la genèse du texte. Selon le député du parti au pouvoir, l’initiative de rationaliser et d’encadrer les fonds dits « spéciaux » ne relevait pas d’une simple fantaisie parlementaire, mais d’une injonction directe du Conseil constitutionnel. Les sages avaient en effet préconisé l’adoption d’une Loi Organique Relative aux Lois de Finances (LOLF) pour mettre fin à l’opacité historique de ces caisses de souveraineté.
En s’engagant dans cette voie, la majorité parlementaire voulait marquer un coup : prouver sa volonté de rupture et forcer l’exécutif à abattre ses cartes. « Nous avons suivi cette exigence pour démontrer au peuple la mauvaise foi du gouvernement », laisse entendre le député.
L’accusation la plus lourde porte sur la stratégie employée par le pouvoir exécutif pour paralyser l’initiative législative. Amadou Ba accuse directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, d’avoir usé — et abusé — de l’arme constitutionnelle du « vote bloqué » pour neutraliser le texte.
Selon les révélations du député :
Une batterie d’amendements « bidons » : Le gouvernement aurait introduit à la dernière minute des amendements vides de substance, conçus sur mesure pour faire échec aux propositions novatrices des parlementaires.
Le verrou du vote bloqué : En imposant l’article autorisant le vote bloqué, le chef de l’État aurait contraint l’Assemblée à se prononcer d’un bloc sur un texte dénaturé, rendant son adoption impossible dans les conditions de transparence exigées.
Mais la charge du parlementaire ne s’arrête pas à l’exécutif. Amadou Ba réserve également ses coups au Conseil constitutionnel, qu’il accuse de complicité passive pour avoir validé cette manœuvre d’obstructisme institutionnel. Une jurisprudence qu’il qualifie de « dangereuse pour l’équilibre des pouvoirs et le contrôle parlementaire ».
Au-delà de la bataille juridique et parlementaire, c’est un véritable réquisitoire politique qu’a dressé Amadou Ba. En refusant de laisser l’Assemblée nationale encadrer les fonds spéciaux, le président de la République aurait, selon lui, brisé la promesse fondatrice de moralisation de la vie publique.
« En agissant de la sorte, le président Bassirou Diomaye Faye a définitivement enterré le Jub Jubal Jubanti », a martelé le député de PASTEF.
Cette déclaration choc agit comme un véritable séisme au sein du landerneau politique sénégalais. Elle expose au grand jour les tiraillements profonds et les divergences de visions sur la gouvernance financière du pays entre la Présidence et la représentation nationale.
Le bras de fer autour des fonds spéciaux ne fait que commencer, mais une chose est sûre : la promesse d’une gouvernance sobre et transparente vient de subir un coup d’arrêt brutal au sein de l’hémicycle.
Par Matar Baya Diop
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