Gouverner ou se glorifier ? Derrière cette formule particulièrement sévère, Seydina Oumar Touré livre une critique sans concession de la gouvernance des deux dernières années et pointe, sans toujours les nommer, ceux qui auraient privilégié les querelles d’ego au détriment de l’intérêt général.
Il y a des phrases qui dépassent le simple cadre de la polémique politique.
La sortie de Seydina Oumar Touré en fait partie.
L’ancien officier de gendarmerie, aujourd’hui engagé sur le terrain politique, dresse un constat particulièrement sévère de la situation du Sénégal. Selon lui, le pays aurait perdu un temps précieux au cours de ces deux dernières années, victime de l’orgueil de certains responsables qui auraient fini par confondre l’exercice du pouvoir avec la célébration de leur propre personne.
Une charge qui prend une résonance particulière dans un contexte marqué par les tensions au sommet de l’État et par la rupture désormais assumée entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
« Gouverner » n’est pas « se glorifier »
La formule de Seydina Oumar Touré est assassine par sa simplicité :
« Gouverner et se glorifier ne sont pas la même chose. »
Derrière cette opposition, c’est toute une conception de l’exercice du pouvoir qui est interrogée.
Gouverner, dans l’acception classique du terme, suppose de décider, d’arbitrer, de renoncer parfois à ses intérêts personnels et d’accepter la contradiction. Se glorifier, à l’inverse, renvoie à une personnalisation du pouvoir où la réussite collective finit par être ramenée au mérite d’un individu.
Pour Touré, c’est précisément cette confusion qui aurait contribué à bloquer le pays.
Son propos est d’autant plus lourd qu’il intervient après une période au cours de laquelle le tandem Diomaye-Sonko avait incarné une nouvelle espérance politique auprès d’une grande partie de l’électorat sénégalais.
Deux hommes issus d’un même combat.
Deux hommes portés par une même dynamique politique.
Deux figures que l’histoire récente avait longtemps présentées comme indissociables.
Et pourtant, en deux ans, le tandem s’est fissuré.
De l’espoir à la désillusion
L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye avait suscité une immense attente.
Après des années de confrontation politique, de manifestations, de tensions institutionnelles et de fortes mobilisations populaires, le changement de régime avait été vécu par une partie importante de la population comme l’ouverture d’une nouvelle séquence.
Le peuple attendait des résultats.
La réduction du train de vie de l’État, la souveraineté économique, la justice sociale, la lutte contre la corruption et une meilleure gouvernance figuraient parmi les principales attentes.
Et entre gouverner et se glorifier, il existe une différence que les citoyens, eux, savent parfaitement mesurer : celle des résultats.