« En Conseil des ministres, il a donné son accord pour la restructuration » : par cette déclaration, Abdourahmane Diouf ouvre un nouveau front dans la bataille politique autour de la dette sénégalaise.
La phrase pourrait longtemps résonner dans le débat politique sénégalais.
Invité de l’émission d’EvenProd, le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, a livré une révélation qui, si elle est confirmée par les procès-verbaux ou les documents officiels des Conseils des ministres concernés, pourrait considérablement bouleverser le récit politique autour de la restructuration de la dette sénégalaise.
Selon lui, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, aurait lui-même donné son accord au principe d’une restructuration de la dette, en Conseil des ministres, dans les dernières semaines précédant son départ de la Primature.
« En Conseil des ministres, il a donné son accord pour la restructuration », affirme le ministre, allant jusqu’à préciser que cet aval aurait été donné avant le départ de Sonko du gouvernement.
Une déclaration explosive.
Car elle touche au cœur d’un débat qui ne relève plus seulement de la technique financière. Derrière les chiffres de la dette, les négociations avec les partenaires financiers et les choix budgétaires se joue désormais une bataille de responsabilité politique.
Une déclaration qui change la donne
Jusqu’ici, le débat pouvait être présenté comme une opposition entre une ancienne équipe gouvernementale et une nouvelle équipe confrontée à une situation financière particulièrement difficile.
Mais les propos d’Abdourahmane Diouf viennent compliquer sérieusement cette lecture.
Si l’ancien Premier ministre a effectivement validé en Conseil des ministres le principe d’une restructuration, comme l’affirme le ministre, alors il ne serait plus possible de présenter cette orientation comme une décision exclusivement imputable à ceux qui lui ont succédé.
Ousmane Sonko, qui a dirigé le gouvernement pendant près de deux ans, aurait lui-même participé aux discussions et aux arbitrages qui ont conduit à envisager cette option.
C’est là que réside la portée politique de la déclaration.
Le mot qui fait trembler : « accord »
Abdourahmane Diouf ne parle pas simplement d’une discussion exploratoire.
Il affirme que Sonko aurait donné son accord.
Et il insiste.
Selon les propos rapportés par plusieurs médias, le ministre répète que cet accord aurait été donné « en Conseil des ministres », « avant de partir » et « avant de quitter le gouvernement »
Cette précision est capitale.
Un Conseil des ministres n’est pas une conversation informelle entre responsables politiques. Il s’agit de l’une des principales instances de décision de l’exécutif.
Dès lors, une affirmation portant sur un accord donné dans cette enceinte appelle nécessairement une question simple :
où sont les traces de cette décision ?
Car si un tel accord a effectivement été acté, les procès-verbaux, communiqués, notes administratives ou documents préparatoires pourraient permettre de trancher le débat.
À ce stade, les sources consultées rapportent la déclaration d’Abdourahmane Diouf, mais aucun document public du Conseil des ministres n’est présenté pour établir indépendamment cette version.
Le bilan rattrape Sonko
Au-delà de la restructuration elle-même, la déclaration de Diouf pose une question beaucoup plus large : celle de la responsabilité dans la gestion du pays.
Ousmane Sonko a été Premier ministre pendant près de deux ans. Durant cette période, il a nécessairement été confronté à la situation financière du Sénégal, aux contraintes budgétaires et aux conséquences des tensions liées à la dette.
Si, comme l’affirme Abdourahmane Diouf, il avait accepté le principe d’une restructuration avant de quitter la Primature, alors une partie du bilan économique qu’il est aujourd’hui amené à commenter ne pourrait être dissociée de son propre passage à la tête du gouvernement.
« Il faut rétablir la vérité »
Abdourahmane Diouf affirme ne pas vouloir s’enfermer dans une querelle politique.
Mais son intervention ressemble précisément à une volonté de remettre les pendules à l’heure.
Il oppose ce qu’il présente comme la position de Sonko lorsqu’il était aux responsabilités à certaines prises de position formulées après son départ de la Primature.
« Je ne veux pas être dans le jeu de cette politique politicienne. Mais il faut quand même rétablir la vérité », rapporte-t-il.