La séquence fait le tour des réseaux sociaux. Elle alimente les commentaires, les interrogations et, surtout, un débat politique qui dépasse largement le simple cadre d’une rencontre diplomatique.
À New York, Bassirou Diomaye Faye s’est entretenu avec Emmanuel Macron alors que la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies est désormais au cœur des discussions.
Une coïncidence de calendrier qui n’a pas tardé à nourrir les spéculations. Mais que sait-on réellement ?
Il y a des images qui racontent davantage que les communiqués officiels.
Celle de Bassirou Diomaye Faye échangeant avec Emmanuel Macron, en marge de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, en fait partie.
La présidence sénégalaise a confirmé, mardi 22 septembre, l’entretien entre les deux chefs d’État. Selon le communiqué officiel, les discussions ont porté sur le partenariat entre le Sénégal et la France, les questions internationales, les enjeux de paix et de sécurité ainsi que l’élection du prochain secrétaire général de l’ONU.
Un dernier point n’est pas anodin : Macky Sall est précisément candidat à ce poste.
Une rencontre diplomatique, mais un contexte politique explosif
Sur le papier, rien d’exceptionnel. Un président sénégalais rencontre son homologue français à New York, dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies.
La diplomatie internationale fonctionne ainsi.
Mais le contexte donne à cette poignée de main politique une tout autre résonance.
Quelques semaines auparavant, Bassirou Diomaye Faye avait reçu Macky Sall à Dakar.
L’ancien président sollicitait alors le soutien du Sénégal à sa candidature au secrétariat général de l’ONU.
Après cette rencontre, Dakar a officiellement décidé d’apporter son soutien à la candidature de l’ancien chef de l’État et de mobiliser son appareil diplomatique en sa faveur.
Le changement de position est considérable.
En mars 2026, le Sénégal figurait parmi les États africains qui s’étaient opposés à la candidature portée par le Burundi, avant que la position officielle de Dakar n’évolue au cours de l’été.
C’est précisément cette évolution qui donne aujourd’hui une profondeur particulière à la rencontre Faye-Macron.
Et Macron dans tout cela ?
La France n’est pas un acteur secondaire dans la course au secrétariat général des Nations unies. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité, aux côtés des États-Unis, de la Russie, de la Chine et du Royaume-Uni.
La question devient donc presque inévitable : Bassirou Diomaye Faye cherche-t-il à convaincre Emmanuel Macron de regarder favorablement la candidature de Macky Sall ?
Il serait toutefois imprudent d’aller plus loin que les faits disponibles.
Le communiqué de la présidence sénégalaise indique seulement que les deux dirigeants ont abordé l’élection du prochain secrétaire général de l’ONU.
Il ne précise pas la nature exacte de leurs échanges sur la candidature de Macky Sall ni la position personnelle d’Emmanuel Macron à ce sujet.
Une chose est néanmoins certaine : la rencontre intervient à un moment où la candidature de Macky Sall nécessite des soutiens internationaux et où la France dispose, institutionnellement, d’un poids particulier dans le processus.
Le paradoxe Diomaye
C’est là que se situe le cœur du débat.
Bassirou Diomaye Faye est arrivé au pouvoir après une campagne profondément marquée par la rupture avec le système politique incarné par l’ancien régime. Son accession à la présidence en 2024 a ouvert une nouvelle séquence politique au Sénégal.
Et voilà que le même président reçoit aujourd’hui son prédécesseur, soutient sa candidature à l’ONU et évoque désormais cette question avec le président français.
Pour certains observateurs, il s’agit d’une démarche pragmatique : un État peut dépasser les querelles politiques nationales lorsqu’il estime qu’une candidature internationale peut servir ses intérêts ou ceux du continent africain.
Pour d’autres, cette évolution pose une question politique plus profonde : jusqu’où peut aller la logique de réconciliation, de dépassement des clivages et de realpolitik sans heurter les attentes de ceux qui ont porté l’alternance de 2024 ?
La controverse est d’autant plus sensible que des associations représentant des victimes des violences politiques de la période 2021-2024 ont dénoncé la rencontre entre Faye et
De la rupture avec Paris au dialogue avec Macron
Il faut également replacer cette scène dans l’évolution des relations entre Dakar et Paris.
À son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye avait affiché une volonté de redéfinir le partenariat avec la France autour de la souveraineté, de l’équilibre et de la réciprocité. Le Sénégal a notamment mis fin à la présence militaire française permanente sur son territoire en 2025.
Pour autant, la rupture n’a jamais signifié la disparition du dialogue.
Dès juin 2024, lors de leur première rencontre à Paris, Faye et Macron avaient évoqué la nécessité de donner « une nouvelle impulsion » au partenariat franco-sénégalais, sur la base d’un respect mutuel et d’un partenariat équilibré.
La scène de New York s’inscrit donc moins dans une logique de rupture que dans celle d’une relation franco-sénégalaise profondément réaménagée.
Alors, à quoi joue Bassirou Diomaye Faye ?
C’est précisément la question qui embrase les réseaux sociaux.
Mais peut-être faut-il la poser autrement : que cherche à obtenir le président sénégalais ?
Les éléments publics permettent au moins d’identifier trois dimensions.
D’abord, une dimension diplomatique. Dakar cherche manifestement à peser dans la succession d’António Guterres et assume désormais officiellement la candidature de Macky Sall.
Ensuite, une dimension africaine. La candidature de l’ancien président sénégalais est présentée par ses soutiens comme une candidature susceptible de porter la voix du continent dans une institution internationale majeure.
Enfin, une dimension de politique étrangère. En discutant avec Emmanuel Macron, Faye dialogue avec l’un des acteurs qui comptent dans l’équation onusienne, tout en maintenant la ligne officielle d’un partenariat franco-sénégalais redéfini autour de la souveraineté et des intérêts réciproques.
Ce que cette séquence ne permet pas, en revanche, d’affirmer, c’est que Bassirou Diomaye Faye aurait conclu un quelconque « deal » avec Emmanuel Macron ou qu’il agirait pour le compte d’une puissance étrangère. Aucun élément public consulté ne permet de l’établir.
Une image qui raconte une recomposition
Au fond, le plus intéressant dans cette séquence n’est peut-être pas la photographie elle-même.
C’est ce qu’elle révèle de la transformation du paysage politique sénégalais.
L’ancien président Macky Sall cherche aujourd’hui à conquérir le poste de secrétaire général de l’ONU. Le président qui lui a succédé soutient désormais officiellement cette ambition. Et Emmanuel Macron, dont le pays occupe une place centrale dans le dispositif du Conseil de sécurité, se retrouve au cœur de cette équation diplomatique.
Trois hommes. Trois trajectoires. Trois intérêts qui ne sont pas nécessairement identiques.
La vidéo qui circule sur les réseaux sociaux peut donc susciter toutes sortes d’interprétations. Mais derrière le bruit numérique, une réalité demeure : Bassirou Diomaye Faye semble avoir choisi de faire de la diplomatie, du pragmatisme et du rapport de forces international les instruments de sa politique étrangère.
Reste à savoir jusqu’où cette stratégie ira.
Et surtout, comment sera-t-elle perçue par une opinion sénégalaise qui, elle, n’a pas oublié les affrontements politiques des dernières années.
C’est peut-être là que se trouve la véritable question.
Non pas seulement : « À quoi joue Diomaye ? »
Mais plutôt : « Quel Sénégal veut-il désormais installer sur la scène internationale, et jusqu’où est-il prêt à aller pour défendre ses choix ? »
J’ai volontairement évité d’affirmer qu’il existe un accord secret entre Faye, Macron et Macky Sall : les sources disponibles établissent les rencontres et le contexte autour de la candidature à l’ONU, mais pas un éventuel arrangement caché.
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