Dans une tribune consacrée à la situation politique et économique du Sénégal, Seydi Gassama plaide pour un dialogue entre le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko et l’ensemble des forces politiques. S’appuyant notamment sur l’expérience américaine, il estime que l’unité nationale est indispensable pour permettre au pays de négocier avec ses créanciers et de relancer ses programmes de développement.
Les tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et figure centrale de PASTEF, suscitent des interrogations sur la capacité des institutions à travailler de concert dans un contexte économique difficile. Pour Seydi Gassama, citoyen sénégalais qui se présente comme une victime des programmes d’ajustement structurel des années 1980 et 1990, la priorité doit être de dépasser les rivalités politiques afin de trouver des réponses à la crise de la dette.
Dans sa réflexion, il établit un parallèle avec les États-Unis, où les présidents doivent régulièrement composer avec un Congrès contrôlé par le camp politique adverse. Il rappelle que ces rapports de force peuvent provoquer des blocages, notamment lors du vote du budget fédéral, parfois jusqu’à la fermeture temporaire de services publics, connue sous le nom de shutdown. Malgré ces tensions, des compromis sont généralement recherchés pour permettre à l’État de continuer à fonctionner.
Le modèle américain plutôt que les cohabitations françaises
Pour Seydi Gassama, la situation sénégalaise se rapproche davantage du système politique américain que des périodes de cohabitation qu’a connues la France sous François Mitterrand et Jacques Chirac.
Il cite notamment les cohabitations entre François Mitterrand et Jacques Chirac, de 1986 à 1988, entre François Mitterrand et Édouard Balladur, de 1993 à 1995, puis entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, de 1997 à 2002. Dans ces configurations, le président de la République devait partager le pouvoir exécutif avec un Premier ministre issu d’une majorité parlementaire opposée à la sienne.
Au Sénégal, souligne-t-il, la difficulté est différente. Le président et la majorité parlementaire sont issus du même parti politique, mais des divergences profondes se sont installées autour des réformes et de la conduite des affaires publiques.
La dette, au cœur des préoccupations
Seydi Gassama considère que les désaccords entre les deux principales figures de l’exécutif risquent de compliquer la recherche de solutions à la situation financière du pays. Il évoque notamment la dette héritée du régime de Macky Sall, dont une partie aurait été dissimulée aux créanciers internationaux, selon les éléments avancés dans sa tribune.
Dans ce contexte, il estime que le Sénégal ne pourra financer durablement ses programmes sociaux et ses projets de développement sans parvenir à des accords avec ses partenaires financiers.
À ses yeux, les négociations avec les créanciers exigent une position nationale cohérente. Les divergences politiques ne devraient donc pas empêcher les autorités de défendre les intérêts du pays et de rechercher les conditions de financement les plus favorables possibles.
Un dialogue élargi à toutes les forces politiques
Pour sortir de cette impasse, Seydi Gassama appelle à l’ouverture d’un dialogue entre le gouvernement et l’ensemble des forces politiques représentées à l’Assemblée nationale. Il souhaite également que les formations politiques absentes de l’hémicycle puissent participer aux discussions.
Cette concertation pourrait, selon lui, être élargie aux centrales syndicales ainsi qu’aux organisations d’élèves et d’étudiants. L’objectif serait de construire un consensus autour des principales orientations économiques et des mesures nécessaires pour faire face aux difficultés financières du pays.
L’auteur de la tribune va plus loin en proposant que des experts issus de l’opposition parlementaire soient intégrés aux délégations gouvernementales lors des négociations avec les créanciers. Une démarche qui permettrait, selon lui, de renforcer la crédibilité de la position sénégalaise et de donner à ces discussions une dimension nationale dépassant les clivages partisans.
Diomaye Faye et Ousmane Sonko appelés à privilégier l’intérêt national
La réussite d’une telle démarche suppose, selon Seydi Gassama, une volonté politique de la part du président Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko. Il les invite à adopter une posture privilégiant l’intérêt supérieur de la nation et à contenir les discours les plus radicaux au sein de leurs camps respectifs.
D’un côté, il dénonce les positions de certains militants de PASTEF qui qualifient le président de « traître » et réclament une confrontation avec lui. De l’autre, il met en cause les acteurs regroupés autour du chef de l’État au sein du mouvement qu’il désigne sous le nom de « Kiiraye », dont certains seraient issus de l’APR et de Benno Bokk Yakaar.
Selon son analyse, ces acteurs pourraient avoir intérêt à entretenir une opposition frontale entre Bassirou Diomaye Faye et ses anciens compagnons de PASTEF. Il estime qu’une telle dynamique risquerait d’aggraver les divisions au moment où le pays a besoin d’une mobilisation collective.
« Le peuple souverain tranchera » au moment des élections
Pour Seydi Gassama, l’urgence est de trouver une issue à la crise de la dette et de préserver la capacité de l’État à financer ses priorités. Il considère que le dialogue ne signifie pas l’abandon des divergences politiques, mais qu’il doit permettre de distinguer les intérêts de la nation des rivalités entre responsables.
Il appelle ainsi les différentes forces politiques à rechercher un terrain d’entente sur les questions économiques et financières, tout en laissant au peuple sénégalais le soin de départager les acteurs politiques lors des prochaines échéances électorales.
Son message tient en une idée centrale : face aux difficultés économiques du Sénégal, le dialogue et la recherche de compromis doivent primer sur l’affrontement politique.
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