De l’espoir à la désillusion : le pari de la rupture face au retour des ralliements

Il y a eu le temps du combat. Celui des rues, des mobilisations, des slogans et des sacrifices. Il y a eu cette conviction, profondément ancrée chez une partie du peuple sénégalais, qu’une page devait être tournée et qu’un autre modèle de gouvernance devait émerger.

La victoire de Bassirou Diomaye Faye et de Pastef avait alors été vécue par leurs partisans comme l’aboutissement d’une longue séquence de lutte contre un système politique jugé à bout de souffle.

Le mot « rupture » n’était pas qu’un slogan électoral. Il portait une promesse : faire autrement, gouverner autrement et surtout ne pas reproduire les pratiques du passé.

Mais aujourd’hui, une question commence à traverser les rangs des militants et sympathisants : que reste-t-il de cette promesse lorsque des responsables issus de l’ancien pouvoir commencent à rejoindre le camp présidentiel ?

Des ralliements qui réveillent les vieux souvenirs

Depuis quelque temps, les annonces de ralliements de maires, d’élus et d’anciens responsables proches de l’Alliance pour la République (APR) alimentent le débat politique.

Pour leurs auteurs, ces rapprochements peuvent être présentés comme des choix politiques, des adhésions à un nouveau projet ou encore la volonté de participer à la transformation du pays.

Mais pour une partie des militants qui ont porté Pastef au pouvoir, le regard est différent.

Ils y voient le risque d’un retour progressif de ceux contre lesquels ils avaient précisément voulu tourner la page.

Le problème n’est donc pas seulement l’arrivée de nouvelles personnalités dans la majorité. Il est symbolique.

Le peuple n’avait pas voté pour un simple changement de visages

L’une des principales forces de la victoire de 2024 résidait dans l’espoir d’une transformation profonde.

Une partie de l’électorat ne cherchait pas simplement à remplacer un président par un autre. Elle voulait, à travers son vote, sanctionner un mode de gouvernance et ouvrir une nouvelle séquence.

C’est ce qui explique aujourd’hui la sensibilité particulière autour des ralliements.

Changer les hommes sans changer les pratiques pourrait donner le sentiment que le changement promis n’était finalement qu’une alternance politique classique.

Or c’est précisément ce scénario que les partisans de la rupture voulaient éviter.

Le malaise des militants

Dans les bases politiques, le malaise peut difficilement être ignoré.

Des militants qui ont passé des années à défendre un projet politique, parfois dans des conditions difficiles, peuvent légitimement se demander quelle place leur est désormais réservée lorsque des responsables venus de l’ancien système sont accueillis dans les rangs du pouvoir.

La question n’est pas nécessairement celle du droit d’adhérer.

Dans une démocratie, chaque citoyen reste libre de rejoindre la formation politique de son choix.

La véritable question est celle de la cohérence politique.

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