Le Sénégal est en apnée. Alors que l’Assemblée nationale et la Présidence se livrent une guerre ouverte autour de la réforme constitutionnelle, les révélations sur les échanges en coulisses entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko font l’effet d’une déflagration. Analyse d’un déballage qui confirme que l’union sacrée entre les deux hommes est plus que jamais fissurée.
Un revirement qui interroge
Le cœur du conflit réside dans un paradoxe politique saisissant souligné par le député Mayabé Mbaye lors de son passage à sunugal 24 : le parti qui a porté Diomaye Faye au pouvoir — dirigé par Ousmane Sonko — tente aujourd’hui de faire voter le programme pour lequel il a été élu, tandis que le Président lui-même s’y oppose farouchement.
Plus interpellant encore : cette réforme, qui devrait être l’aboutissement d’une promesse de campagne, se retrouve paradoxalement soutenue par l’opposition historique, alors même que cette dernière combattait l’arrivée du Président Faye au pouvoir il y a peu. Un retournement d’alliances qui illustre une reconfiguration profonde et déconcertante de l’échiquier politique sénégalais.
La question sensible du « Président-Chef de parti »
Au centre des débats, le statut du Chef de l’État cristallise les tensions. Le responsable du mouvement Maggi PASTEF met en lumière les risques perçus par le Président Faye : celui de transformer le Palais en un siège de gestion politique permanente s’il devait rester à la tête d’un parti politique. Cette peur d’une confusion des genres, où le Président ne pourrait plus garantir sa neutralité, semble être le point de rupture avec Ousmane Sonko.
Pour le Président Diomaye Faye, la fonction de « Gardien de la Constitution » exige une hauteur de vue incompatible avec la gestion quotidienne d’une formation politique, perçue comme un terreau potentiel de « trahison » des engagements pris devant la Nation lors du serment constitutionnel.
Un choc de visions : « Gardien » contre « Exécutif fort »
L’analyse des amendements rejetés par le camp présidentiel révèle une divergence de fond sur la nature même du pouvoir :
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La vision de l’Assemblée : Des députés qui poussent pour un Premier ministre « super fort », doté de réels pouvoirs de nomination et de pilotage de la politique gouvernementale.
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La vision de la Présidence : Un Président qui craint une dilution de son autorité, percevant les modifications sur les compétences de la future Cour constitutionnelle et les mécanismes de contrôle comme des menaces pesant sur l’équilibre des institutions.
La fin d’une ère de confiance ?
Ce « déballage » met en exergue une fracture sur la durée : l’idée que le pouvoir devait être un tremplin pour changer les méthodes de gouvernance semble s’être heurtée à la réalité de l’exercice du pouvoir. La question qui brûle désormais toutes les lèvres est celle du « qu’est-ce qui a changé ? » : comment deux alliés, dont le destin semblait indissociable, ont-ils pu se retrouver dans une telle opposition frontale ?
Le Sénégal assiste-t-il à la fin d’une complicité politique historique au profit d’une confrontation institutionnelle de longue haleine ? Une chose est sûre : le dialogue entre le Palais et le Perchoir ne semble plus être qu’un lointain souvenir.
Ce divorce apparent entre le Président et son ancien mentor est-il le résultat d’un calcul politique pragmatique ou le signe d’une rupture idéologique irrémédiable sur la gestion de l’État ?