Au Sénégal, le quotidien ne se raconte plus seulement dans les discours officiels.
Il se mesure au panier de la ménagère, à la facture d’électricité, aux heures passées dans l’obscurité et à cette question devenue récurrente dans les foyers : quand les difficultés vont-elles réellement commencer à reculer ?
Depuis plusieurs semaines, le mécontentement autour du coût de la vie et des perturbations dans la fourniture d’électricité nourrit une impatience grandissante.
À Dakar comme dans plusieurs localités, les coupures affectent les ménages et les activités économiques.
Début septembre, la Senelec a elle-même annoncé des perturbations dans plusieurs secteurs du pays, invoquant notamment des travaux et une contrainte technique affectant la centrale WAE.
Pour les citoyens, cependant, l’explication technique ne suffit pas toujours.
Ce qui compte, c’est le résultat au bout de la prise électrique.
Le Sénégalais attend des résultats, pas seulement des annonces
Le gouvernement n’est pas resté silencieux face à ces difficultés.
Lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a annoncé l’ambition de réduire de près de 30 % le coût de l’électricité à l’horizon 2030.
L’exécutif entend notamment s’appuyer sur le développement du gaz domestique et l’exploitation des ressources gazières nationales.
Sur le papier, l’ambition est considérable.
Mais dans les quartiers populaires, la temporalité politique n’est pas celle des grandes projections. Une famille confrontée aujourd’hui à une hausse de ses dépenses ne vit pas à l’horizon 2030. Elle vit au jour le jour.
La vie chère, cette urgence qui ne disparaît pas
La question du pouvoir d’achat est devenue l’un des principaux tests de la nouvelle gouvernance.
Le président Bassirou Diomaye Faye a lui-même demandé à son gouvernement de renforcer la protection du pouvoir d’achat et d’agir sur les prix des denrées et des services de consommation courante.
Le Conseil des ministres du 2 septembre a ainsi placé la lutte contre la vie chère parmi les priorités affichées de l’exécutif.
Le problème n’est donc plus celui de l’absence de diagnostic.
Le problème est celui de la traduction concrète des annonces dans la vie quotidienne.
Car entre une instruction présidentielle et son effet dans les marchés, les boutiques et les foyers, il existe toute une chaîne administrative et économique. C’est précisément sur cette chaîne que les citoyens attendent désormais des résultats.
Le risque du gouvernement qui communique plus vite qu’il n’agit
C’est ici que le pouvoir doit prendre garde.
Une communication gouvernementale abondante peut finir par produire l’effet inverse de celui recherché lorsqu’elle n’est pas accompagnée de résultats immédiatement perceptibles.
Les Sénégalais n’attendent pas seulement de connaître les projets du gouvernement. Ils veulent savoir ce qui change pour eux.
Le prix du sac de riz.
Le coût du transport.
La facture d’électricité.
La disponibilité de l’eau.
Le prix des denrées de première nécessité.
La possibilité pour un jeune de trouver un emploi.
La capacité d’un petit commerçant à faire fonctionner son activité.
C’est sur ce terrain, beaucoup plus prosaïque que celui des conférences de presse et des réunions institutionnelles, que se mesure la perception de l’action publique.
Dès lors, la question n’est pas de savoir si les ministres communiquent suffisamment.
Elle est de savoir s’ils sont suffisamment présents sur le terrain, au contact des populations et des difficultés qu’elles rencontrent.
Dans une démocratie, les responsables publics ont évidemment le droit de défendre leur bilan et leur image.
Mais la communication institutionnelle ne peut remplacer l’évaluation des politiques publiques.
Car une politique publique ne se juge pas uniquement à la qualité de son annonce.
Elle se juge à son application, à son efficacité et à ses effets mesurables.
C’est précisément ce rendez-vous que le pouvoir devra désormais honorer.
Une colère sociale qui appelle des réponses concrètes
Le Sénégal traverse ainsi une période où l’impatience sociale rencontre les contraintes économiques et financières auxquelles l’État est confronté.
Le gouvernement doit composer avec une situation budgétaire difficile tout en répondant à une demande sociale forte. Le Premier ministre a d’ailleurs présenté plusieurs contraintes structurelles qui, selon lui, ralentissent la transformation du pays.
Mais ces contraintes ne peuvent pas devenir une réponse permanente aux difficultés quotidiennes.
Les Sénégalais ne demandent pas nécessairement que toutes les difficultés disparaissent en quelques mois. Ils veulent pouvoir constater une direction claire, des résultats mesurables et surtout une administration qui répond rapidement lorsqu’un problème touche leur quotidien.
Le gouvernement a annoncé ses ambitions. Il lui reste à convaincre par les résultats.