Diffamation, obtention et divulgation présumées de données bancaires : AEE Power EPC passe à l’offensive contre le député. En parallèle, le dossier sur les 37 milliards de francs CFA entre dans une nouvelle phase avec l’ouverture d’une information judiciaire par le Pool judiciaire financier. Deux procédures, deux camps, un même dossier : celui du controversé marché d’électrification rurale de l’ASER.
L’affaire ASER–AEE Power n’en finit plus de rebondir. Après les accusations publiques, les auditions, les documents bancaires brandis devant la presse et les plaintes croisées, le dossier prend désormais une tournure résolument judiciaire.
Au cœur de cette nouvelle séquence : AEE Power EPC, société espagnole attributaire du marché d’électrification rurale, a décidé de poursuivre le député Thierno Alassane Sall. La plainte, déposée le 24 juin 2026 au parquet du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar, vise notamment des faits présumés de diffusion de fausses nouvelles, diffamation et mensonge public, mais également la collecte et l’obtention frauduleuses de documents bancaires ainsi que leur divulgation sans autorisation. La société évoque aussi une atteinte à son image et à celle de son dirigeant, ainsi qu’une possible violation du secret de l’instruction.
La riposte d’AEE Power
Pour l’entreprise espagnole, le contentieux n’est plus seulement économique ou contractuel. Il est devenu une affaire d’image, de réputation et, désormais, de responsabilité pénale potentielle.
La société reproche au parlementaire d’avoir rendu publics des documents bancaires qu’il affirme avoir obtenus dans le cadre d’une procédure judiciaire en Espagne. Le 11 juin 2026, Thierno Alassane Sall avait annoncé avoir reçu des documents provenant de la justice espagnole et portant notamment sur des transactions bancaires liées à AEE Power EPC. Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse, il en avait fait état publiquement.
C’est précisément cette séquence qui se retrouve aujourd’hui au cœur de la plainte.
AEE Power EPC considère que la diffusion de ces informations a porté atteinte à son image et à celle de ses dirigeants. L’entreprise conteste ainsi frontalement la lecture faite publiquement par le député de certaines opérations financières.
Depuis plusieurs mois, Thierno Alassane Sall fait du dossier ASER–AEE Power l’un de ses principaux chevaux de bataille.
Le député soutient notamment que l’avance de démarrage d’environ 37 milliards de francs CFA versée dans le cadre du projet aurait fait l’objet de mouvements financiers qu’il juge suspects. Il affirme s’appuyer sur des documents issus d’une procédure judiciaire ouverte en Espagne.
Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, les documents bancaires communiqués à la justice espagnole concernent notamment des opérations réalisées après le versement des fonds. Le député estime que ces éléments permettent de s’interroger sur le devenir de l’argent public et sur l’exécution du marché.
AEE Power, de son côté, rejette les accusations portées publiquement contre elle.
C’est donc désormais à la justice de départager les versions.
Le Pool judiciaire financier a annoncé en août 2026 l’ouverture d’une information judiciaire dans le dossier du marché d’électrification rurale conclu entre l’ASER et AEE Power EPC. Cette décision intervient après une enquête préliminaire menée par la Section de recherches de Dakar.
Le parquet financier indique que les investigations ont fait apparaître des faits susceptibles de recevoir plusieurs qualifications pénales, notamment le détournement de deniers publics, le faux et usage de faux, le blanchiment de capitaux, la corruption, la prise illégale d’intérêt et le trafic d’influence. Une commission rogatoire internationale et une délégation judiciaire ont également été requises afin d’élargir les investigations.
Autrement dit, le dossier principal ASER–AEE Power est désormais entre les mains d’un juge d’instruction, avec la possibilité d’étendre les investigations à d’autres faits ou personnes au fur et à mesure des découvertes.