Il y a quelque chose de profondément troublant dans le spectacle que donne aujourd’hui le pouvoir.
Un pays qui attend des réponses sur son économie, son emploi, son coût de la vie, ses infrastructures, son système de santé, son école, ses finances publiques et l’avenir de sa jeunesse. Un pays qui demande à ses dirigeants de gouverner. Et, en face, des ministres qui semblent parfois davantage préoccupés par les batailles politiques, les rapports de force et les querelles autour d’Ousmane Sonko que par les urgences quotidiennes des Sénégalais.
La récente sortie du ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, à Ziguinchor vient poser, une nouvelle fois, cette question embarrassante : le gouvernement est-il encore dans l’action ou déjà dans la bataille politique permanente ?
Lors de sa tournée en Casamance, le ministre a notamment pris position sur la polémique autour des fonds politiques, tout en relayant le message du président Bassirou Diomaye Faye auprès des autorités coutumières et religieuses. Il a également évoqué plusieurs projets pour la région, dont le pont de Ziguinchor, la boucle du Fogny et un projet d’hôpital militaire à Bignona.
Sur le papier, rien de condamnable à ce qu’un ministre défende l’action de l’État.
Mais le problème est ailleurs.
Il est dans le sentiment grandissant que la politique prend toute la place.
Le pays brûle de questions, le pouvoir répond par de la politique
Les Sénégalais ne vivent pas dans les couloirs de la République.
Ils vivent dans les marchés, les quartiers, les villages, les entreprises, les écoles, les hôpitaux et les transports.
Ils se lèvent chaque matin avec des préoccupations très concrètes.
Comment trouver un emploi ?
Comment payer son loyer ?
Comment supporter le coût de la vie ?
Comment se soigner ?
Comment financer les études des enfants ?
Comment obtenir un financement pour son activité ?
Comment faire face aux difficultés des entreprises ?
Comment sortir le pays de ses contraintes financières ?
Voilà les questions qui remontent du pays réel.
Et pourtant, lorsqu’on écoute certains responsables politiques, on a parfois l’impression que la priorité nationale se résume à une autre question : qui est avec Sonko, qui est contre Sonko, qui contrôle Pastef, qui soutient Diomaye, qui critique les fonds politiques et qui a raison dans la bataille politique ?
C’est là que le malaise s’installe.
Car un gouvernement n’est pas un comité de campagne permanent.
Un ministre des Forces armées doit-il être au cœur de la bataille politique ?
La question est volontairement provocatrice.
Yankhoba Diémé n’est pas un responsable politique ordinaire. Il dirige le département des Forces armées, une institution régalienne dont les missions touchent directement à la défense et à la sécurité nationale
Ziguinchor mérite mieux qu’une nouvelle bataille de clans
La Casamance, plus que toute autre région, connaît le prix du temps perdu.
Elle connaît les conséquences de décennies de conflit, de désenclavement insuffisant et de promesses qui ont parfois tardé à devenir réalité.
Il est donc heureux que Yankhoba Diémé ait évoqué des projets structurants pour la région. Le pont de Ziguinchor, la boucle du Fogny, la route Bignona-Diouloulou et le projet d’hôpital militaire constituent des annonces importantes.
Mais les populations ne veulent plus seulement entendre parler de projets.
Le temps de la politique doit laisser place au temps de l’État
Un gouvernement peut être politique sans être politicien.
Il peut avoir une majorité, un parti, des adversaires et des ambitions électorales.
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