L’affaire Farba Ngom, du nom du maire des Agnam et proche de l’ancien président Macky Sall, vient de connaître un développement majeur. Les conclusions de la contre-expertise médicale, ordonnée par le président du Collège des juges d’instruction du Pool judiciaire financier (PJF), ont été rendues publiques. Et elles pourraient bien rebattre les cartes du dossier.
Selon le quotidien, cette seconde évaluation médicale confirme formellement les conclusions de la première : l’état de santé de Farba Ngom est incompatible avec une détention en milieu carcéral. Un constat lourd de conséquences dans une affaire déjà politiquement sensible et juridiquement complexe.
Vers une nouvelle demande de liberté provisoire
Fortes de ce résultat, les avocats de l’édile de l’Alliance pour la République (APR) devraient déposer une nouvelle demande de liberté provisoire pour raison médicale. Il s’agirait d’une seconde tentative, après un premier refus en bloc : le parquet financier s’était opposé à la libération du prévenu, et le juge d’instruction avait emboîté le pas, tout en ordonnant prudemment une contre-expertise pour éclairer sa décision.
Aujourd’hui, cette lumière est apportée. Reste à savoir si elle sera suffisante pour faire plier une position judiciaire jusque-là inflexible.
Une affaire tentaculaire à 125 milliards
Pour rappel, Farba Ngom est placé sous mandat de dépôt depuis février dernier. Il est poursuivi notamment pour blanchiment de capitaux, dans le cadre d’une enquête sur des flux financiers suspects dépassant 125 milliards de francs CFA, mis au jour par un rapport de la CENTIF (Cellule nationale de traitement des informations financières).
L’affaire, tentaculaire et hautement technique, s’inscrit dans une série de procédures visant d’anciens dignitaires du régime précédent, dans un contexte de gouvernance placé sous le sceau de la reddition des comptes depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye.
Le dilemme judiciaire : santé contre justice
Ce nouveau tournant soulève une délicate question pour l’institution judiciaire : comment concilier l’exigence de rigueur dans la lutte contre la délinquance financière avec le respect des droits fondamentaux des détenus, notamment en matière de santé ? Le cas Farba Ngom devient un cas d’école, révélateur des tensions entre impératifs judiciaires et considérations humaines.
Pour les juges, la décision à venir sera scrutée de près, tant par l’opinion que par les observateurs internationaux. En filigrane, c’est aussi la crédibilité du système judiciaire sénégalais qui se joue, dans sa capacité à faire prévaloir la justice sans céder à la pression — qu’elle soit politique, sociale ou médiatique.
Alors que l’affaire Farba Ngom continue de déchaîner les passions, ce nouveau chapitre ouvre la voie à d’éventuels aménagements judiciaires. La justice aura bientôt à trancher : maintenir le cap initial ou prendre acte de la réalité médicale ? Une décision attendue, et surtout, décisive.
Mariata beye pour sunugal 24