Trahison en politique : Une leçon de dignité africaine par Seyre Sidibé

Est-il possible de rester fidèle à ses principes quand le jeu politique exige souvent la compromission ? Dans cette tribune, le journaliste mauritanien Seyre Sidibé livre une réflexion sans concession sur la valeur de l’amitié et le poids de la parole donnée dans l’espace public africain.

Le Sénégal, comme beaucoup d’autres nations, traverse des moments où les alliances se font et se défont au gré des intérêts. Observateur extérieur, mais profondément attaché aux valeurs de droiture, je ne peux m’empêcher de poser un regard critique sur ce que nous appelons aujourd’hui la « stratégie politique ».

Le spectre de la trahison : de Sankara à nos jours

L’histoire nous a légué des leçons brutales. Hier, l’assassinat de Thomas Sankara par Blaise Compaoré n’était pas qu’un crime de sang. C’était l’assassinat d’un projet, d’un espoir et de l’avenir d’un peuple. En trahissant un ami et un frère d’armes, Compaoré a brisé un code d’honneur sacré en Afrique.

Aujourd’hui, face à la fluidité des allégeances politiques, je réaffirme cette conviction : la politique ne devrait jamais justifier la bassesse.

L’amitié est un « noyau dur »

On peut certes élargir son cercle, nouer de nouvelles alliances, mais il existe un « noyau dur » d’amis et de compagnons qui doit rester immuable. La fidélité et la reconnaissance ne sont pas des faiblesses, ce sont les fondements d’une éthique personnelle.

Trahir, c’est bien plus qu’une erreur de parcours : c’est une forfaiture. C’est enfreindre le code d’honneur qui lie les familles et les peuples africains depuis la nuit des temps. Comme le disait la littérature orale, nos héros préféraient le sacrifice à l’humiliation.

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La grandeur d’âme face au complot

Le capitaine Thomas Sankara avait pressenti la trahison. Sa grandeur d’âme l’a empêché de rompre le premier le pacte de l’amitié. Cette attitude, loin d’être une naïveté, est la marque des grands hommes.

En politique, on oublie trop souvent que le pouvoir est éphémère. Seule la dignité reste. Il est temps que nous replacions la parole donnée et le respect de l’autre au centre de notre « grammaire politique ».

En Afrique, la véritable puissance ne réside pas dans la capacité à renverser ses alliés, mais dans la constance à rester fidèle à ses engagements, même quand le vent tourne.

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