Sénégal : dans les marchés, la colère monte sur fond de crise politique

À Dakar comme dans plusieurs villes du pays, la question du panier de la ménagère revient avec insistance : combien faut-il désormais débourser pour remplir un simple sac de provisions ? Viande, poisson, légumes, huile, riz… Pour de nombreux ménages, chaque passage au marché est devenu un exercice d’arbitrage.

On achète moins, on remplace certains produits par d’autres, on réduit les quantités. Et derrière les chiffres de l’économie, une réalité beaucoup plus concrète s’installe : celle d’un pouvoir d’achat qui reste sous pression.

Le gouvernement peut brandir les statistiques et les indicateurs macroéconomiques. Dans les foyers, c’est la facture qui parle.

Le panier de la ménagère, nouveau baromètre du pouvoir

Les dernières données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie invitent toutefois à nuancer le constat d’une hausse uniforme de tous les produits. En avril 2026, l’ANSD avait enregistré une baisse de 1,2 % des prix des produits alimentaires et boissons non alcoolisées sur un mois, notamment grâce au recul des prix de certains poissons, légumes et de la viande réfrigérée ou congelée.

Ces mouvements contradictoires illustrent une réalité essentielle : le coût de la vie ne se résume pas à une photographie mensuelle de l’inflation. Pour une famille qui doit déjà consacrer une part importante de ses revenus à l’alimentation, quelques centaines de francs supplémentaires sur plusieurs produits peuvent suffire à déséquilibrer tout un budget.

Et le sentiment de cherté demeure.

En juin 2026, l’ANSD indiquait certes que les prix à la consommation n’avaient augmenté que de 0,4 % sur un an et que les produits alimentaires avaient même reculé de 0,2 %. Mais cette moyenne nationale ne dit pas tout de la pression ressentie par les ménages, notamment lorsque les dépenses incompressibles — logement, transport, électricité, scolarité ou santé — viennent s’ajouter à l’alimentation.

Après Sonko, le malaise politique s’installe

Cette tension économique intervient dans un contexte politique particulièrement sensible.

L’alliance qui avait porté Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko au pouvoir en 2024 s’est progressivement fissurée. Sonko a été écarté de la Primature en 2026 et a ensuite conservé une influence politique majeure, notamment à travers son rôle institutionnel. Ahmadou Al Aminou Lo a été nommé Premier ministre en mai 2026.

Pour une partie de l’opinion, cette rupture constitue un immense gâchis politique.

Le tandem Diomaye-Sonko avait suscité une attente considérable. Il avait promis une transformation profonde du pays, davantage de justice sociale, des emplois pour les jeunes, une lutte renforcée contre la corruption et une meilleure redistribution des richesses issues des ressources naturelles.

Mais, quelques années après l’arrivée au pouvoir de cette nouvelle génération politique, le Sénégal se retrouve confronté à une équation particulièrement difficile : dette, contraintes budgétaires, attentes sociales élevées et impatience d’une population qui veut des résultats concrets.

Pendant que le pouvoir se divise, les ménages attendent des réponses

La création, en juillet 2026, d’un nouveau parti politique par le président Bassirou Diomaye Faye a officialisé sa rupture avec l’ancien allié Ousmane Sonko. Cette nouvelle donne politique ouvre une période de confrontation qui pourrait peser lourdement sur la suite du quinquennat.

C’est précisément là que le malaise peut devenir politique.

Car le Sénégalais ordinaire ne demande pas seulement de savoir qui contrôlera quelle formation politique demain. Il veut savoir comment payer son loyer aujourd’hui. Comment nourrir ses enfants. Comment acheter du poisson, de la viande ou des légumes sans finir le mois à découvert. Comment trouver un emploi. Comment faire face aux dépenses scolaires et médicales.

La politique ne remplit pas une marmite. Les discours ne paient pas une facture.

C’est donc sur le terrain du quotidien que le nouveau gouvernement sera jugé.

Une promesse de rupture confrontée à l’épreuve du pouvoir

Le plus grand défi de l’exécutif n’est peut-être plus de convaincre qu’il incarne le changement. Il est désormais de démontrer que ce changement améliore effectivement la vie des citoyens.Le gouvernement devra donc répondre à une question simple, mais redoutable : où sont les résultats promis ?

Le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo ont désormais une responsabilité majeure : montrer que la nouvelle configuration politique ne détournera pas l’État de sa priorité première, le bien-être des Sénégalais.

Car pendant que les appareils politiques se recomposent, les ménages, eux, ne peuvent pas attendre.

Et surtout, ils attendent que la promesse de rupture ne reste pas une promesse.

 

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