Le référendum constitutionnel voulu par le Président Bassirou Diomaye Faye est-il un luxe que le Sénégal ne peut s’offrir ? Entre impératifs politiques et urgences économiques, la faisabilité financière de ce scrutin suscite un vif scepticisme chez les experts. Pour l’économiste Meissa Babou, l’exécutif joue une partition risquée sur une trésorerie déjà sous tension extrême.
Une équation budgétaire sous haute tension
Le diagnostic de Meissa Babou, enseignant-chercheur à la FASEG de l’UCAD, est sans appel. En s’engageant dans la voie d’un référendum, le Chef de l’État exerce une pression contre-productive sur des finances publiques à bout de souffle. Selon l’économiste, le timing est critique : le quatrième trimestre 2026 s’annonce comme un exercice périlleux, rendant « irrationnelle » toute dépense électorale superflue.
Entre rigueur et priorités contestées
L’État sénégalais fait face à un mur de dettes et d’engagements financiers colossaux. L’économiste souligne trois piliers d’une crise structurelle qui devrait, selon lui, dicter une sobriété absolue :
Le Plan de redressement économique et social (PRES), qui exige une mobilisation totale des ressources.
Le poids écrasant des subventions énergétiques, véritable gouffre financier.
La vertigineuse dette publique, avec plus de 5 000 milliards de francs CFA à rembourser.
L’injonction de rationalité : Le référendum en question
Face à un calendrier électoral déjà saturé, avec les échéances locales de début 2027 en ligne de mire, la pertinence politique du référendum est ouvertement remise en cause. Meissa Babou fustige ce qu’il perçoit comme une manœuvre partisane : « Il n’est pas opportun d’organiser un référendum uniquement dans le but de faire passer des points particuliers qui arrangent l’exécutif. »
La recommandation de l’expert est limpide : la rationalisation des dépenses publiques aurait dû imposer un moratoire sur ce projet. Pour l’économiste, l’État ne peut plus se permettre de subordonner la stabilité financière du pays aux agendas politiques. Reste à savoir si le pouvoir en place saura entendre cet appel à la prudence avant que la réalité budgétaire ne s’impose d’elle-même.
La question se pose désormais : l’exécutif est-il prêt à sacrifier l’orthodoxie financière sur l’autel de ses réformes institutionnelles, ou ce référendum ne risque-t-il pas de se transformer en un test de crédibilité budgétaire pour le régime ?
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