Référendum constitutionnel : pourquoi Diomaye Faye passe à l’offensive

Le référendum voulu par le président Bassirou Diomaye Faye ne se résume pas à une bataille technique autour de l’article 37 de la Constitution. Derrière la question de la déclaration de patrimoine se dessine une réforme plus ambitieuse : constitutionnaliser la transparence au sommet de l’État et étendre cette exigence aux principales autorités publiques.

Devant l’Assemblée nationale, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, a rappelé que le chef de l’État avait informé le président de l’Assemblée nationale, par courrier en date du 30 juillet 2026, de sa décision de soumettre la proposition de révision au peuple, conformément à l’article 103 de la Constitution.

L’article 37, simple point de départ

Le débat ne porte donc pas uniquement sur la déclaration de patrimoine du président de la République.

Diomaye Faye accepte le principe d’une déclaration publique de son patrimoine au début et à la fin de son mandat. Mais le gouvernement estime qu’une telle obligation ne saurait concerner uniquement le chef de l’État.

Le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre sont également visés.

Ces deux autorités sont déjà soumises à l’obligation de déclaration de patrimoine en vertu de la législation relative à l’OFNAC. La réforme entend désormais donner à cette obligation une valeur constitutionnelle.

Le changement est loin d’être anodin. Il s’agit de faire passer la transparence d’une obligation légale à une exigence inscrite dans la Loi fondamentale.

Pourquoi Diomaye choisit le référendum

C’est là que se trouve l’un des enjeux majeurs de la démarche présidentielle.

Pour le pouvoir, modifier uniquement l’article 37 serait insuffisant. La réforme doit s’inscrire dans un chantier constitutionnel plus large, destiné à revoir plusieurs aspects de l’architecture institutionnelle.

Le référendum devient alors l’outil permettant de soumettre directement cette nouvelle architecture aux Sénégalais.

Le pouvoir veut ainsi éviter une succession de modifications isolées et présenter au peuple un ensemble cohérent de réformes.

La transparence avant même d’accéder au pouvoir

L’autre innovation majeure concerne les candidats à la présidentielle.

Le projet prévoit de faire de la déclaration de patrimoine une pièce obligatoire du dossier de candidature. Elle devrait être rendue publique avant le scrutin et, pour le candidat élu, tenir lieu de déclaration d’entrée en fonction.

La conséquence pourrait être lourde : un candidat qui ne produirait pas cette déclaration pourrait voir sa candidature déclarée irrecevable.

Le principe est donc simple : la transparence ne commencerait plus après l’élection. Elle commencerait dès la candidature.

Du candidat au président sortant

Le dispositif dessine une véritable chaîne de responsabilité.

Avant l’élection : déclaration du patrimoine.

À l’entrée en fonction : déclaration du patrimoine du président élu.

À la fin du mandat : nouvelle déclaration.

Le même principe serait étendu aux principales autorités de l’État.

Le gouvernement veut ainsi installer une logique de traçabilité du patrimoine des responsables publics, de leur arrivée au pouvoir jusqu’à leur départ.

Le véritable enjeu politique

Derrière le langage juridique et les discussions autour de l’article 37, le choix de Diomaye Faye porte donc un message politique fort.

Le président veut faire de la transparence une norme constitutionnelle, et non une simple règle dépendant de la majorité politique du moment.

Le référendum lui permettrait surtout de donner une légitimité populaire à cette réforme.

Reste une question essentielle : les Sénégalais accepteront-ils cette nouvelle architecture constitutionnelle ?

C’est précisément sur ce terrain que se jouera le véritable bras de fer. Car au-delà de la déclaration de patrimoine, le référendum pourrait devenir un vote sur la conception que le pouvoir actuel se fait de la transparence, de la responsabilité et de la gouvernance au sommet de l’État.

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