Laissons chacun se réjouir de l’œuvre qu’il a accompli. Mais une chose essentielle : il ne faut jamais oublier ceux qui ont rendu cette œuvre possible.
L’architecte déclare sa gratitude et rend hommage au peintre arrivé à la fin du chantier, tout en oubliant le maçon, le manœuvre et tous ceux qui ont travaillé dans la poussière, sous le soleil et parfois au péril de leur vie.
Lorsqu’un maçon traverse un chantier et dit : « C’est mon œuvre », certains peuvent se moquer de lui. Pourtant, lorsque Atepa revendique la BCEAO, beaucoup se réjouissent de l’idée d’une conception sénégalaise. Pourquoi cette logique serait-elle valable pour une œuvre architecturale, mais ne le serait-elle pas pour l’ouvrier qui a contribué à mettre en œuvre les idées ?
Entre le plan et l’ouvrage livré, il existe tout un processus : les études, la faisabilité, l’évaluation des risques, la mobilisation des moyens… et surtout le travail de tous ceux qui transforment le projet en réalité.
L’architecte lui-même ne travaille pas dans le vide. Il conçoit sur la base d’un programme, d’instructions et des orientations du maître d’ouvrage. C’est précisément ce que certains semblent oublier lorsqu’ils parlent aujourd’hui de PASTEF et de ceux qu’ils présentent comme « l’architecte de KIIRAY » étant « le même architecte de PASTEF ». Une œuvre politique de cette dimension ne peut pas être réduite au parcours ou au rôle d’un seul homme à savoir un architecte.
Souvenons-nous de 2021. À cette époque, combien étaient-ils à croire encore que PASTEF arriverait au bout du chemin ? Combien avaient déjà annoncé la fin de la carrière politique de PROS ? La dissolution du parti avait même été saluée par certains peintres comme la preuve que le mouvement était définitivement terminé.
Pourtant, le chantier n’a jamais été abandonné. PASTEF a continué à se battre. Et dans cette période difficile, une chose est restée constante : la résilience du militant, connu ou anonyme. Celui qui était là avant que la victoire ne soit certaine. Celui qui a continué à croire lorsque beaucoup avaient déjà tourné la page. Celui qui a donné son temps, son énergie, ses ressources et, pour certains, jusqu’à son sang. Ce militant a été, symboliquement, le terrassier, le manœuvre, le maçon, le menuisier, l’électricien, le plombier…
Chacun a posé sa pierre. Et c’est justement là que la métaphore du chantier prend tout son sens. Il y a ceux qui ont creusé les fondations lorsque personne ne savait si la maison verrait un jour le jour. Il y a ceux qui ont construit les murs. Il y a ceux qui ont posé la toiture. Et puis, lorsque la maison commence enfin à prendre forme, d’autres peuvent arriver avec leur pinceau et contribuer à l’embellir. Il n’y a rien de mal à rejoindre un chantier en cours. Une coalition peut accueillir de nouvelles forces. Une œuvre collective peut s’enrichir de nouvelles compétences. Le problème commence lorsque ceux qui arrivent plus tard veulent réécrire l’histoire de ceux qui étaient là au commencement.
On peut reconnaître le mérite de chacun sans réécrire l’histoire. On peut respecter l’architecte sans oublier le maçon. On peut accueillir le peintre sans effacer le terrassier. La reconnaissance du mérite ne doit jamais devenir une revendication de propriété sur une œuvre collective. PASTEF n’est pas l’œuvre d’un seul individu. C’est le fruit d’une mobilisation collective portée pendant des années par des femmes et des hommes qui ont cru, milité, résisté et travaillé, souvent dans l’anonymat, à une époque où la réussite de ce projet était loin d’être garantie. Et le militant qui a traversé cette période difficile ne réclame pas aujourd’hui une récompense particulière.
Il ne réclame ni privilège ni avantage indu. Il demande simplement le respect des engagements pris avant les élections et la fidélité à la parole donnée. Son « salaire », si l’on poursuit la métaphore du chantier, n’est pas une faveur. C’est le respect d’une parole donnée, le respect des engagements qui ont mobilisé tant de femmes et d’hommes avant que le chantier n’aboutisse.
Et ce même militant doit pouvoir accepter que l’ingénieur du projet rappelle l’architecte à l’ordre lorsque celui-ci s’éloigne de la trajectoire définie. Car soutenir l’architecte ne signifie pas lui donner un blanc-seing. Respecter l’architecte ne signifie pas oublier les ouvriers.
Demander des comptes ne signifie pas renier l’œuvre. Au contraire, dans une véritable œuvre collective, chacun doit pouvoir jouer son rôle, accepter la critique et respecter les règles communes. Alors, à ceux qui veulent aujourd’hui s’attribuer une part exclusive de cette histoire, rappelons simplement ceci :
1. On peut avoir dessiné les plans sans avoir posé toutes les briques.
2. On peut avoir rejoint le chantier sans en avoir creusé les fondations.
3. On peut avoir contribué à embellir la maison sans pouvoir prétendre l’avoir construite seul.
L’histoire retiendra peut-être les architectes. Mais elle doit surtout rendre justice à tous ceux qui ont posé les premières brique, porté les charges, creusé les fondations, affronté les intempéries, versé leur sueur et parfois leur sang pour que l’ouvrage puisse finalement voir le jour.
Le militant ne réclame pas une récompense. Il réclame le respect des promesses de campagne. Il ne réclame pas un privilège. Il ne réclame pas la propriété de la maison. Il demande simplement que ceux qui l’occupent n’oublient jamais ceux qui l’ont construite.
Et surtout :
• RECONNAISSANCE AUX MARTYRS.
• JUSTICE POUR LES VICTIMES.
• JUSTICE POUR TOUS.
Et que tous ceux qui ont volé, détourné ou trahi la confiance du peuple répond de leurs actes devant la justice, dans le strict respect de la loi et des droits de chacun. Parce qu’une véritable rupture ne peut pas seulement changer ceux qui occupent la maison. Elle doit aussi restaurer la mémoire de ceux qui ont construit ses fondations et rendre justice à ceux qui ont payé le prix fort pour qu’elle puisse enfin exister.
Dr. PAPA NIANE FAYE
Ph.D. Génie Civil Spécialite, de Durabilité et pathologie des ouvrages en B.A.
Consultant en Assurance et Contrôle Qualité
MONCAP Habitat et Aménagement du Territoire