Les militants de Pastef-Les Patriotes, Mandoumbé Diop alias Lamignou Darou, Magueye Diaw dit Oustaz Thiep et Moustapha Ndiaye alias Ndiaye Touba, placés sous mandat de dépôt jeudi dernier, ont comparu ce mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Ils sont poursuivis pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs. Ceci fait suite à leur interpellation par la Division spéciale de cybersécurité (DSC). Notons que le tribunal rejette la défense « Nous faisions de la comédie » de ces 3 militants de Pastef. Ainsi, il a prononcé de lourdes peines.
Selon les faits, les trois prévenus ont diffusé une vidéo dans laquelle ils qualifient le président de la République de « traître » et formulent à son encontre des vœux de maladie, notamment un AVC, allant jusqu’à souhaiter sa mort.
À la barre, Mandoumbé Diop, 36 ans, commerçant, a reconnu être l’auteur des vidéos projetées à l’audience. Déjà condamné en octobre dernier pour discours contraire aux bonnes mœurs, il comparaît de nouveau pour des faits similaires. Magueye Diaw, 36 ans et Moustapha Ndiaye, 35 ans, tous deux commerçants, ont également reconnu avoir participé à la première vidéo. Toutefois, ils contestent les infractions qui leur sont reprochées dans l'affaire titrée « Le tribunal rejette la défense de 3 militants de Pastef et prononce de lourdes peines ». À ce sujet, ils ont avancé que « nous faisions de la comédie ».
Les juges ont projeté deux vidéos à l’écran. D’abord, dans la première vidéo réalisée lors du Magal de « Mbacké Bari », les trois militants de Pastef, pour leur défense, essayent d’expliquer qu’ils faisaient de la comédie. Comme évoqué dans la phrase « nous faisions de la comédie ». Cependant, le tribunal a retenu des propos graves. Ceux-ci ont conduit à de lourdes peines.
La seconde vidéo met en scène le seul Lamignou Darou. Dans cet enregistrement, il critique directement le chef de l’État, qu’il accuse de manquer de courage, affirmant éprouver de la pitié pour lui parce qu’il aurait été « marabouté ». En plus, il déclare ne pas souhaiter la réussite du président et revient sur le discours prononcé par Bassirou Diomaye Faye lors du lancement de son parti Kiiraay. Au cours de cet événement le chef de l’État avait employé l’expression « sa fitna ». Selon lui, le président manque de courage de prononcer le nom d’Ousmane Sonko. Dans la même vidéo, Lamignou Darou a affirmé n’avoir « pas peur de dire sa pensée » à l’égard du président. De plus, il ne pas envisage de quitter le pays durant son mandat. Cette séquence fait aussi partie de l’ensemble « Nous faisions de la comédie » : le tribunal rejette la défense de ces militants de Pastef et prononce de lourdes peines à leur encontre.
Mais, au fil des débats d’audience, il a fait un revirement de 180 degrés (ou de 360 degrés). À cet instant, il soutient qu’il ne faisait que commenter l’actualité. Il précise aussi qu’il ne s’adressait pas directement au président de la République.
De son côté, Magueye Diaw, alias Oustaz Thiep, a insisté sur le fait que le président « a un nom ». Il souligne qu’aucun nom n’avait été cité dans leur vidéo. Moustapha Ndiaye, alias Ndiaye Touba, a, lui aussi, soutenu que leurs propos ne visaient personne en particulier. D’ailleurs, ils faisaient de la comédie comme ils ont l’habitude de le faire. Dans cette défense, « Nous faisions de la comédie » a été expressément rejetée par le tribunal concernant ces 3 militants de Pastef. Ceci a mené à de lourdes peines prononcées.
Au cours de son interrogatoire, le procureur de la République a demandé aux prévenus à qui étaient destinés les vœux exprimés dans la première vidéo. Lamignou Darou a répondu qu’ils n’avaient « aucun destinataire ». S’agissant de la seconde vidéo, le représentant du parquet lui a demandé qui était le président de la République. « Il s’appelle Diomaye », a répondu le prévenu. Le procureur lui a alors rétorqué qu’il s’adressait bien au chef de l’État. À cette observation, Lamignou Darou a lancé : « Non, je ne fais pas partie du Sénégal », le public s’éclate de rire. Dans le compte-rendu, la mention de « Nous faisions de la comédie » : Le tribunal rejette la défense de 3 militants de Pastef et prononce de lourdes peines, revient sur le débat contradictoire.
Interrogés par leurs avocats, les trois prévenus ont maintenu qu’ils n’avaient cité ni le nom du président ni une quelconque institution de la République.
Dans son réquisitoire, le procureur Babacar Bèye a estimé que les propos tenus portent atteinte à l’institution présidentielle. Selon lui, même si les prévenus tentent aujourd’hui de minimiser leurs déclarations, « tout le monde sait qui est le véritable destinataire » de leurs propos. Il a également souligné que Lamignou Darou n’avait manifestement tiré aucune leçon de sa précédente condamnation. Le ministère public a requis 6 mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme, assortis d’une amende de 500 000 FCFA contre Oustaz Thiep et Ndiaye Touba. Pour Lamignou Darou, il a demandé un an d’emprisonnement, dont 6 mois ferme, ainsi qu’une amende de 500 000 FCFA. Cela illustre une fois de plus comment la formule « Nous faisions de la comédie » : le tribunal rejette la défense de trois militants de Pastef et prononce de lourdes peines a été au cœur du dossier.
Pour la défense, Me Abdoulaye Tall a dénoncé « une procédure scandaleuse », estimant qu’aucune infraction n’était constituée dans ce dossier. Selon lui, les éléments retenus par le parquet ne permettent pas de caractériser les délits d’offense au chef de l’État et de discours contraire aux bonnes mœurs. Il a plaidé le renvoi des fins de la poursuite. Me Famara Faty dira que le discours contraire aux bonnes mœurs n’a pas été caractérisé. Les poursuites sont très légères, car ses clients faisaient une vidéo comédie. Me Takha Cissé plaide une tentative d’intimidation. Selon lui, aucune infraction ne peut être retenue à l’encontre des prévenus pour plaider la relaxe pure et simple. De toute évidence, la stratégie « Nous faisions de la comédie » : le tribunal rejette la défense de ces militants de Pastef et prononce de lourdes peines n’a pas convaincu.
Me Théophile Kaossy dit que le ministère public cherche à museler les prévenus. C’est un procès politique initié par le procureur de la République. À sa suite, Me Abdy Nar Ndiaye dit que techniquement il n’y a pas d’infraction dans les faits de l’espèce. Me Youssoupha Camara soutient qu’il n’y a aucun mot déplacé dans les discours des prévenus. Ils ont exprimé un ressenti. Il a sollicité qu’ils soient relaxés. Me Ibamar Diop s’est rapporté à la plaidoirie de ses confrères.
En rendant son jugement, le tribunal a déclaré les prévenus coupables des faits qui leur sont reprochés. Lamignou Darou a écopé d’une peine de 3 mois avec une amende de 500 000 FCFA. Oustaz Thiep et Ndiaye Touba sont condamnés à 2 mois ferme et 500 000 FCFA d’amende. En conclusion, « Nous faisions de la comédie » : le tribunal rejette la défense de 3 militants de Pastef et prononce de lourdes peines dans ce dossier emblématique.