Le nord-ouest du Nigeria est de nouveau plongé dans le deuil. Vendredi, le village de Tungar Baure, dans l’État de Zamfara, a été le théâtre d’une attaque brutale perpétrée par des gangs armés. Bilan : 17 agriculteurs massacrés et un nombre indéterminé de personnes portées disparues, enlevées par ces groupes criminels qui dictent leur loi sur les terres agricoles.
C’est sur des motos que les assaillants ont surgi, semant la mort dans une communauté qui tentait simplement de cultiver ses terres en cette saison des pluies. L’attaque, confirmée par Yahaya Abubakar Yari, administrateur du district de Talata Mafara, rappelle avec une violence insoutenable la précarité des populations rurales face à des « bandits » organisés. Ces criminels, qu’il s’agisse de voleurs de bétail ou de ravisseurs, imposent des taxes illégales aux communautés. Tout refus de paiement se solde par un bain de sang.
Ce drame est d’autant plus insupportable qu’il a frappé le fief même du ministre nigérian de la Défense, Bello Muhammad Matawalle. Malgré ses engagements solennels de déployer 2 000 soldats pour endiguer cette spirale de violence, la réalité du terrain reste cruelle. « Les communautés du district subissent des attaques incessantes en raison de l’insuffisance des forces de sécurité », a martelé M. Yari, présent lors des funérailles des victimes.
À Tungar Baure, la colère a pris le dessus sur la peur. Des vidéos montrent les habitants ériger des barricades, exigeant désespérément une protection de l’État qui se fait attendre.
Ce massacre n’est pas un cas isolé ; le 12 juin dernier, 17 autres agriculteurs avaient déjà péri dans le district voisin de Maradun. Cette stratégie de la terreur entraîne un exode forcé : les paysans désertent leurs terres, incapables de cultiver sous la menace permanente.
Le Fonds monétaire international (FMI) a déjà tiré la sonnette d’alarme, prévenant que cette insécurité chronique menace d’aggraver la pauvreté et d’exacerber une insécurité alimentaire déjà préoccupante à l’échelle nationale. Au Nigeria, le conflit avec les gangs n’est plus seulement une crise sécuritaire ; c’est une véritable menace sur la souveraineté alimentaire et la survie économique des populations les plus vulnérables.
Face à la multiplication de ces massacres, les promesses de déploiement militaire suffiront-elles à stopper cette hémorragie, ou le gouvernement doit-il repenser en profondeur sa stratégie de sécurisation des zones rurales ?
Have any thoughts?
Share your reaction or leave a quick response — we’d love to hear what you think!