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Vendredi : Une date qui laisse des cicatrices

Le Vendredi des Ombres et la Lumière du Projet : Chronique d’une Trahison de la Mémoire

Il est des dates qui, dans le calendrier de la conscience nationale, agissent comme des cicatrices. Il est des jours, aussi, qui semblent se répéter avec une ironie cruelle. Aujourd’hui, vendredi, au lendemain de la Tamkharite, le Sénégal se réveille avec un goût amer. Cette coïncidence temporelle nous renvoie, avec une précision chirurgicale, à ce vendredi funeste où la République, alors dévoyée, décida de briser l’homme qui incarnait le plus grand espoir de rupture de notre histoire contemporaine.

Souvenez-vous. C’était le jour où, sous des accusations de vol de téléphone — une manœuvre d’une bassesse abyssale pour tenter de masquer l’enjeu politique — Ousmane Sonko fut cueilli, conduit à la cave, puis jeté en prison. L’ancien régime, dans son délire de toute-puissance, avait bâti une architecture de persécution pour éradiquer « le Projet ». Ce pouvoir, qui se croyait éternel, a tout tenté pour éliminer le leader de Pastef de l’échiquier, pensant qu’en enfermant l’homme, on emprisonnait l’idée.

Mais il ne connaissait pas la force de la conviction. Ousmane Sonko, au creux de sa cellule, dans ce silence imposé, n’a jamais cessé de regarder l’horizon. C’est là, dans cette épreuve, qu’est née la sagesse de la transmission. En choisissant Bassirou Diomaye Faye pour porter le flambeau, il a fait le pari de l’intelligence collective sur le culte de la personnalité. Le Projet, cette promesse d’une gestion sobre, vertueuse et radicalement décolonisée, n’était pas le programme d’un seul homme, mais une exigence de civilisation pour que le Sénégal puisse, enfin, se hisser au rang des nations de référence.

Pourtant, ce vendredi, alors que nous commémorons cette blessure historique, l’atmosphère est chargée d’une inquiétude nouvelle. Le peuple, qui a porté Diomaye au pouvoir avec l’espoir de voir ces principes se cristalliser, observe aujourd’hui une dissonance troublante. Le débat qui agite l’hémicycle autour d’une révision constitutionnelle, ce mélange de précipitation législative et de manœuvres politiciennes, laisse perplexe. Le « Projet » ne devait pas être une simple alternance ; il devait être un changement de logiciel. Or, les engagements pris semblent aujourd’hui se diluer dans les méandres d’une gouvernance qui, à bien des égards, rappelle les travers que nous avions pourtant promis de bannir.

Est-il possible que la délectation du pouvoir soit parvenue à émousser la radicalité de l’engagement ? Le souvenir de l’arrestation d’Ousmane Sonko, ce vendredi de privation de liberté, doit être un rappel à l’ordre pour tous ceux qui détiennent les leviers de l’État aujourd’hui. On ne peut se réclamer de la lutte contre l’injustice tout en reprenant les méthodes de ceux qu’on a combattus.

Le Sénégal ne demande pas de la petite politique, ni des tripatouillages de textes fondamentaux pour s’octroyer des prérogatives présidentielles ou parlementaires élargies. Il demande de la constance. Il demande que l’éthique de responsabilité soit la seule boussole.

En ce jour anniversaire du basculement, le message est clair : la mémoire des humiliations subies par ceux qui ont bâti ce pouvoir ne doit pas servir de marchepied à une nouvelle caste de privilégiés. Si Ousmane Sonko reste, dans ses principes, l’homme qui a su sacrifier ses ambitions personnelles pour que le pays bascule dans une ère nouvelle, il appartient désormais au Président Faye de démontrer que la confiance du peuple n’était pas un chèque en blanc.

L’histoire ne pardonne pas aux héritiers qui gaspillent le capital moral de leurs aînés. Ce vendredi de Tamkharite, jour de pardon et de renaissance, doit être, pour le pouvoir actuel, celui d’un examen de conscience lucide. Car, si la roue de l’histoire a tourné pour nous sortir des ténèbres, elle pourrait, si l’on oublie d’où l’on vient, nous y ramener avec une violence encore plus grande.

Le Projet exigeait de la hauteur ; ne la sacrifions pas sur l’autel des contingences du moment. Le Sénégal regarde, le peuple veille, et l’histoire, implacable, attend de savoir si la rupture était un choix profond ou une simple parenthèse enchantée.

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Rédaction 26 juin 2026 - 17h53
vérité absolue
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