Ce qui ne semblait être qu’une disparition inquiétante s’est mué en un récit d’horreur pure. Entre les pistes poussiéreuses du Saloum et le silence d’un cimetière oublié, les enquêteurs de la Brigade de Recherches de Kaolack ont dénoué les fils d’une exécution sommaire. Cheikh Ndiaye, un jeune homme sans histoire, a croisé la route de la barbarie pour une simple moto.
Porté disparu depuis le 26 décembre 2025, Cheikh Ndiaye a été piégé et tué lâchement par Cheikh Lèye, Lamine Dabo et Massamba Diop, trois de ses connaissances.
LE FIL D’ARIANE NUMÉRIQUE
Tout commence par une absence. Celle de Cheikh Ndiaye, conducteur de moto-taxi domicilié à Guinguinéo, qui s’évapore dans la nuit après avoir transporté un client vers le village de Ngoloum vers 20 heures. Le silence de son téléphone portable devient le premier indice des pandores.
Grâce à une réquisition chirurgicale auprès des opérateurs de téléphonie, les gendarmes de la Brigade de Recherches localisent l’appareil. Surprise : il est entre les mains d’un commerçant. Ce dernier, pris de panique, désigne son vendeur : C. Léye. L’étau vient de se poser sur le premier maillon d’une chaîne criminelle implacable.
L’EMBUSCADE ET LE GOURDIN : RÉCIT D’UNE NUIT DE SANG
Acculé par les preuves numériques, C. Léye finit par briser le silence. Ses aveux glacent le sang des enquêteurs. Il n’était pas seul. Avec ses complices, L. Dabo et M. Diop, ils avaient minutieusement planifié l’embuscade sur le chemin du retour de Ngoloum.
Le scénario est d’une violence inouïe :
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L’attaque : Cheikh Ndiaye est surpris dans l’obscurité. Deux coups de gourdin d’une violence inouïe s’abattent sur son crâne. Le jeune conducteur s’effondre, inerte, dans une mare de sang.
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Le transport macabre : Sans une once de remords, le trio s’empare de la moto. Le corps de la victime est chargé sur la charrette de L. Dabo, direction le nord de Guinguinéo.
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Le sacrilège : Dans le cimetière de Palene, ils enveloppent la dépouille dans un morceau de percale avant de l’enterrer clandestinement.
Le lendemain, la moto — mobile de ce crime odieux — est vendue à un mécanicien, comme si la vie de Cheikh Ndiaye ne valait que quelques billets froissés.
L’EXHUMATION DE LA VÉRITÉ
Sur la base de ces révélations, le reste du gang est cueilli par les hommes de la Compagnie de Gendarmerie du Saloum. Le dénouement a lieu au cimetière de Palene. Sous un soleil de plomb et dans une atmosphère lourde, les sapeurs-pompiers, le service d’hygiène et le procureur Abass Yaya Wane procèdent à l’exhumation.
Malgré un état de putréfaction avancé, l’oncle de la victime reconnaît formellement son neveu. Les plaies béantes sur le cuir chevelu témoignent encore de l’acharnement des bourreaux. Devant l’impossibilité de transporter le corps, le procureur ordonne une inhumation immédiate sur les lieux du crime.
L’OEIL DU REPORTER
L’enquête express de la Brigade de Recherches de Kaolack a permis d’éviter que ce crime ne reste impuni dans les sables du Saloum. Aujourd’hui, quatre individus dorment en cellule : le trio de meurtriers et le commerçant receleur. Ce drame remet brutalement sur le devant de la scène la vulnérabilité des conducteurs de « Jakarta », cibles régulières d’une délinquance rurale de plus en plus sauvage. À Guinguinéo, l’émotion laisse place à une demande de justice exemplaire.
Par Matar Baya DIOP, SUNUGAL 24