Quatre mois après la mort de l’ancien guide suprême Ali Khamenei dans une frappe israélo-américaine, l’Iran s’apprête à vivre l’un des plus grands rassemblements de son histoire. Les autorités annoncent des funérailles nationales d’une ampleur exceptionnelle, dans un contexte marqué par les tensions régionales, un cessez-le-feu fragile et une forte mobilisation sécuritaire.
Le cercueil de l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei est arrivé vendredi à la Grande Mosalla de Téhéran, vaste complexe religieux où débuteront samedi trois jours de cérémonies nationales en son honneur. L’événement, présenté par les autorités comme un hommage historique, intervient quatre mois après la disparition du dirigeant iranien lors d’une frappe israélo-américaine.
Selon les autorités iraniennes, entre 15 et 20 millions de personnes sont attendues dans la capitale pour ces obsèques, qui visent également à afficher l’unité du régime après une guerre ayant coûté la vie à plusieurs hauts responsables militaires et à des milliers de civils.
La dépouille exposée pendant trois jours
Enveloppé dans le drapeau iranien, le cercueil d’Ali Khamenei restera exposé jour et nuit jusqu’à lundi dans l’enceinte de la Grande Mosalla, exceptionnellement ouverte à la presse internationale.
Le site est entièrement décoré aux couleurs du deuil national. D’immenses portraits de l’ancien guide suprême dominent les lieux, entourés de drapeaux noirs symbolisant le deuil et de drapeaux rouges, associés dans la tradition chiite au martyre et à la vengeance.
Le chef des Gardiens de la Révolution, Ahmad Vahidi, est venu s’incliner devant la dépouille, selon les médias iraniens. Il s’agit de sa première apparition publique depuis le début du conflit, lui qui était resté très discret ces derniers mois.
« Les gens vont venir de tout l’Iran. Il y aura énormément de monde », témoigne Hossein Moghadassi, un ouvrier mobilisé sur le site, alors que des milliers de fidèles étaient déjà attendus devant les portes dès vendredi soir.
Les plus grandes funérailles depuis la révolution islamique
Mort à 86 ans, Ali Khamenei dirigeait la République islamique depuis plus de trois décennies, ce qui en faisait le guide suprême ayant exercé le plus longtemps depuis la révolution de 1979.
Initialement programmées en mars, ses funérailles avaient été reportées en raison de la guerre. Elles pourraient désormais devenir les plus importantes jamais organisées en Iran.
À titre de comparaison, les obsèques de son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, en 1989, avaient officiellement rassemblé près de 10 millions de personnes, malgré des mouvements de foule meurtriers ayant fait plusieurs victimes.
Autour du cercueil de l’ancien guide suprême sont également exposées les dépouilles de plusieurs membres de sa famille tués lors des premières frappes du conflit, dont une de ses filles, un gendre, une belle-fille et une petite-fille.
Un dernier voyage à travers l’Iran
Le point culminant des cérémonies est prévu lundi avec une immense procession funéraire dans les rues de Téhéran, où affiches géantes et slogans rendent hommage à celui que les autorités présentent comme un « martyr ».
Le cortège prendra ensuite la direction de la ville sainte de Qom avant une inhumation programmée le 9 juillet à Machhad, ville natale d’Ali Khamenei, dans le nord-est de l’Iran.
Une étape est également prévue en Irak, où son cercueil sera présenté mercredi devant la communauté chiite.
Une succession toujours entourée de mystère
Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien dirigeant, n’a toujours pas confirmé sa présence aux cérémonies.
Blessé lors de la frappe ayant coûté la vie à son père, il ne s’est plus montré en public depuis son accession au pouvoir au début du mois de mars et s’exprime uniquement par le biais de communiqués officiels.
Des dirigeants étrangers attendus, l’Occident absent
Les autorités iraniennes annoncent la participation de représentants d’une trentaine de pays, principalement issus de la région.
Parmi les personnalités attendues figurent notamment l’ancien président russe Dmitri Medvedev, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ainsi qu’une délégation chinoise conduite par le haut responsable parlementaire He Wei.
Aucun chef d’État ou de gouvernement européen n’a été invité.
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a affirmé cette semaine que les pays présents aux obsèques se rangeraient « du bon côté de l’histoire », tout en dénonçant le soutien occidental à Israël et aux États-Unis lors des récents conflits.
Une capitale verrouillée par les forces de sécurité
Les funérailles se déroulent dans un climat particulièrement tendu, marqué par un cessez-le-feu fragile entre Téhéran et Washington, mais aussi par une situation intérieure toujours sensible après plusieurs mois de contestation sociale.
Depuis vendredi, la capitale iranienne est placée sous haute surveillance. D’importants dispositifs de sécurité ont été déployés autour des sites des cérémonies, de vastes périmètres ont été fermés à la circulation et les autorités ont instauré d’importantes restrictions.
L’aéroport de Téhéran fonctionne partiellement vendredi avant une fermeture totale lundi, déclaré jour férié dans tout le pays. Les centres commerciaux ont fermé leurs portes et de nombreuses entreprises ont suspendu leurs activités afin de faciliter le déroulement des cérémonies.
Ces obsèques constituent un moment hautement symbolique pour les autorités iraniennes, qui entendent transformer cet hommage national en démonstration de cohésion et de résilience, malgré les profondes tensions géopolitiques et les défis auxquels le pays reste confronté.