Face aux vives réactions suscitées par le réajustement des prix du carburant au Sénégal, Aminata Touré est sortie du silence pour apporter son éclairage. Elle reconnaît sans détour la pression s’exerçant sur le pouvoir d’achat des ménages dans un climat économique éprouvant. Toutefois, l’ancienne Première ministre tient à remettre cette décision dans son contexte macroéconomique et international.
Pour l’ancienne cheffe du gouvernement, cette augmentation ne saurait être isolée de la conjoncture globale. Elle met en avant les contraintes géopolitiques majeures. Par exemple, elle cite les retombées de la guerre en Ukraine sur le cours des produits de première nécessité. Ensuite, elle mentionne les vives tensions autour du marché pétrolier et du détroit d’Ormuz.
« Le gouvernement a fait son maximum pour retenir les prix », soutient-elle au micro de la RTS, rappelant qu’une baisse avait été accordée aux consommateurs avant que l’instabilité internationale ne rende la mesure insoutenable. Sans minimiser l’impact direct sur le quotidien des citoyens, elle admet que « les choses ne sont pas faciles ». De plus, elle estime que cette étape doit servir de catalyseur pour discuter des perspectives socio-économiques du pays.
Un débat prioritaire à transférer à l’Assemblée nationale
Plutôt que de voir le Parlement s’enformer dans des joutes et des tensions politiques stériles, Aminata Touré invite les parlementaires à se saisir du sujet pour en faire une priorité de travail. Par ailleurs, elle préconise notamment l’audition par la représentation nationale du ministre de l’Énergie ou de celui de l’Économie et des Finances. Ceci devrait permettre d’éclairer les Sénégalais sur les cap de l’exécutif pour les mois à venir.
« Comment est-ce que vous allez mobiliser plus de ressources pour augmenter le pouvoir d’achat des Sénégalais ? Voilà le type de débat qui doit se poser à l’Assemblée nationale », affirme-t-elle, insistant sur la nécessité de placer les urgences économiques des ménages au cœur de l’agenda politique.
Résilience financière et poursuite des politiques sociales
Pour défendre la gestion gouvernementale, l’ancienne Première ministre met en avant la préservation des équilibres financiers. Le contexte est marqué par des tensions avec certains partenaires financiers. Elles ont ralenti l’exécution de certains projets. Pourtant, l’État a su faire preuve de « résilience » en garantissant le versement régulier des salaires de la fonction publique. De plus, il a assuré la poursuite des programmes sociaux et l’honneur des échéances de la dette souveraine.
Face à ces arbitrages budgétaires contraints, Aminata Touré souligne le rôle clé des dispositifs d’accompagnement. Elle insiste sur le maintien et le renforcement des bourses familiales. En outre, elle évoque les filets sociaux, conçus comme des amortisseurs indispensables pour préserver les couches de la population les plus vulnérables.
Refusant toute logique de fatalité, Aminata Touré entrevoit des perspectives d’amélioration grâce à la valorisation des ressources énergétiques locales. Elle fonde ses espoirs sur le développement du potentiel gazier sénégalais à travers la stratégie « gas-to-power ».
L’objectif de cette transition vers le gaz national est de produire une électricité plus accessible, réduisant la dépendance du pays aux hydrocarbures importés. Une mutation structurante qui devrait, selon elle, soulager les factures des ménages et renforcer la compétitivité des entreprises sénégalaises.