La filière anacarde, pilier économique de la Casamance, traverse une zone de fortes turbulences. En déplacement à Ziguinchor, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a fait face aux acteurs locaux pour défendre l’instauration d’une nouvelle taxe de vingt francs CFA par kilogramme exporté, une mesure qui cristallise les tensions et a récemment suscité un mouvement de grève chez les professionnels.
Une taxe au service de la stratégie industrielle
Face aux producteurs, transformateurs et exportateurs, le ministre a réaffirmé le caractère stratégique de ce prélèvement additionnel — qui s’ajoute à la taxe existante de quarante francs CFA. « Cette taxe n’est pas une sanction, mais un levier de financement et de structuration », a martelé Serigne Guèye Diop.
Pour justifier cette position, le gouvernement met en avant une comparaison régionale, citant l’exemple de la Côte d’Ivoire où l’État prélève 215 francs CFA par kilogramme. Selon le ministre, ces fonds sont indispensables pour soutenir la formation des producteurs, financer des projets structurants et, surtout, accroître la compétitivité du secteur.
L’impératif de la transformation locale
Au cœur de cette controverse se joue la question de la souveraineté économique. Le constat dressé par l’État est sans appel : actuellement, seulement 3 % de la production nationale est transformée sur place. L’objectif affiché est ambitieux : porter ce taux à 30 % dans les cinq prochaines années.
« Nous ne pouvons plus nous contenter de l’exportation brute de nos noix sans valeur ajoutée », a souligné le ministre. En contrepartie de cette charge fiscale contestée, le gouvernement promet un accompagnement accru pour les industriels engagés dans la transformation, via des subventions ciblées et un encadrement technique renforcé. Une stratégie censée, selon les autorités, générer une richesse durable et des emplois locaux.
Vers une vision globale : Les agropoles en perspective
La rencontre a également permis d’élargir le débat à la politique industrielle nationale. Le ministre a rappelé que la filière anacarde s’inscrit dans un plan plus vaste : celui des neuf agropoles en cours de déploiement à travers le pays. Ces infrastructures ont pour vocation de diversifier les activités économiques locales, incluant la valorisation des produits halieutiques, forestiers, ainsi que la filière lait et viande. La relance prochaine de la Sonacos de Ziguinchor vient confirmer cette volonté de bâtir une industrie agroalimentaire solide et diversifiée.
Un suivi rigoureux à l’horizon
Si la contestation demeure vive au sein de la filière, le gouvernement tente d’imposer un cap. Un mécanisme de suivi est d’ores et déjà acté : une nouvelle concertation se tiendra d’ici un à deux mois afin d’évaluer l’état d’avancement des projets et de concrétiser les appuis aux entreprises prêtes à s’intégrer dans cette dynamique d’Agropole.
Entre exigences de rentabilité immédiate des exportateurs et vision structurelle de l’État, la taxe de vingt francs CFA s’impose comme le symbole d’une transition délicate mais, selon le gouvernement, nécessaire pour faire de l’anacarde un moteur réel de la croissance casamançaise.