El Malick Ndiaye écrit son histoire : du perchoir au Djolof, le pari d’une fidélité assumée

Quand le pouvoir change de décor, les fidélités, elles, changent parfois de dimension

Il y a des carrières politiques qui se construisent dans les bureaux feutrés du pouvoir. Et puis il y a celles qui se forgent dans les moments de rupture, lorsque les certitudes s’effondrent et que les hommes sont contraints de choisir leur camp.

Au Sénégal, la séquence politique ouverte par le limogeage d’Ousmane Sonko du poste de Premier ministre, le 22 mai 2026, aura été de celles-là. Deux ans après l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko, l’alliance qui avait porté l’espoir d’un nouveau cycle politique s’est fissurée au sommet de l’État.

Mais au milieu de cette tempête institutionnelle, un homme a posé un acte dont la portée dépasse largement les murs de l’Assemblée nationale : El Malick Ndiaye.

Alors président de l’Assemblée nationale, il choisit de quitter le perchoir. Une décision qui, dans le contexte de crise entre les deux principales figures du pouvoir, ne pouvait être regardée comme un simple mouvement administratif. Sa démission ouvrait la voie au retour d’Ousmane Sonko dans l’hémicycle, puis à son accession à la présidence de l’Assemblée nationale.

Et c’est précisément là que commence une autre histoire.

Sonko tombe de la Primature, El Malick lui ouvre une porte

Le départ de Sonko de la Primature avait tout d’un séisme politique. Le président Bassirou Diomaye Faye mettait fin aux fonctions de celui qui avait été son principal compagnon de conquête du pouvoir. Les tensions, devenues de plus en plus visibles entre les deux hommes, finissaient par emporter le tandem qui avait incarné l’alternance de 2024.

Sonko, désormais ancien Premier ministre, devait retrouver un point d’ancrage institutionnel.

C’est alors qu’El Malick Ndiaye intervient.

En quittant volontairement le perchoir, il crée les conditions politiques permettant à son mentor et allié de revenir au premier plan parlementaire. Quelques jours plus tard, Sonko est réintégré comme député et accède à la présidence de l’Assemblée nationale.

Dans une République où les fauteuils institutionnels sont souvent synonymes de pouvoir, abandonner le sien pour permettre à un autre de monter peut apparaître comme un geste exceptionnel.

Pour ses proches, ce fut davantage qu’un geste politique : un acte de loyauté.

Le Djolof comme théâtre d’une reconnaissance

Le 8 août 2026, l’histoire prend une autre dimension.

À Dahra Djolof, terre d’El Malick Ndiaye, Ousmane Sonko est accueilli dans un climat de forte mobilisation politique. La rencontre entre les deux hommes, préparée de longue date, intervient comme une sorte de retour aux sources après les secousses qui ont bouleversé le sommet de l’État.

Ici, le décor n’est plus celui de l’Assemblée nationale.

Il n’y a plus le protocole du perchoir, les séances plénières ou les couloirs du pouvoir. Il y a le Djolof, ses populations, ses militants et une figure politique locale devenue nationale.

Et c’est dans ce décor que les proches d’El Malick Ndiaye ont choisi de lui rendre hommage et de célébrer celui qu’ils considèrent désormais comme un fils du Djolof ayant marqué l’histoire politique récente du Sénégal.

Devant Ousmane Sonko, l’ancien président de l’Assemblée nationale est ainsi célébré par les siens.

Le symbole est puissant.

Celui qui avait quitté la deuxième institution de la République pour permettre à Sonko de reprendre sa place au cœur du Parlement se retrouve désormais honoré sur ses terres, devant celui pour lequel son geste avait été posé.

Le prix de la fidélité politique

Dans la politique sénégalaise, la fidélité est une valeur souvent revendiquée, mais rarement mise à l’épreuve dans des circonstances aussi spectaculaires.

El Malick Ndiaye aura eu, lui, l’occasion de transformer cette fidélité en acte.

Sa démission du perchoir peut être interprétée de plusieurs manières. Les uns y verront le geste d’un militant resté fidèle à son leader. Les autres y liront un calcul politique destiné à préserver l’équilibre interne de Pastef. D’autres encore considéreront qu’il s’agit d’une décision personnelle dictée par une certaine conception des institutions.

Mais au-delà des interprétations, un fait demeure : son geste a changé la configuration politique de l’Assemblée nationale.

Et l’histoire politique retiendra que, dans une période où le pouvoir se déchirait au sommet, El Malick Ndiaye a accepté de descendre du perchoir.

Un homme qui renonce au fauteuil pour rester debout

Il y a une ironie dans cette histoire.

El Malick Ndiaye avait atteint l’un des sommets auxquels peut prétendre un parlementaire : la présidence de l’Assemblée nationale, deuxième personnage de l’État.

Il aurait pu s’y accrocher.

Il aurait pu attendre.

Il aurait pu laisser la crise suivre son cours.

Il a choisi une autre voie.

Son départ lui a fait perdre un titre, mais il lui a offert quelque chose que les titres institutionnels ne garantissent jamais : une place dans la mémoire politique de ceux qui lui sont proches.

C’est probablement ce qui explique la force symbolique de l’hommage rendu à Dahra.

Car dans le Djolof, le geste politique est désormais raconté comme une preuve de fidélité. Et lorsqu’un territoire transforme l’un de ses fils en symbole, le fauteuil perdu à Dakar peut soudain paraître bien moins important que le respect gagné sur ses terres.

El Malick Ndiaye écrit son histoire

L’ancien président de l’Assemblée nationale se retrouve aujourd’hui face à un paradoxe singulier.

Il a quitté le perchoir, mais son geste lui a donné une visibilité politique nouvelle.

Il a abandonné une position institutionnelle, mais il a renforcé son image auprès de ceux qui voient en lui un homme fidèle à ses convictions et à ses alliances.

Et surtout, il est désormais associé à l’un des épisodes les plus spectaculaires de la recomposition du pouvoir sénégalais en 2026.

Son histoire ne s’écrit donc plus seulement dans les archives de l’Assemblée nationale.

Elle s’écrit désormais à Dahra, au cœur du Djolof, là où ses proches ont choisi de lui rendre hommage.

Hier, il était président de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il est célébré par les siens.

Entre les deux, il y a eu une démission, une crise au sommet de l’État, le retour de Sonko au Parlement et un bouleversement de l’ordre politique.

Et peut-être est-ce là toute la singularité d’El Malick Ndiaye : avoir accepté de perdre un fauteuil pour gagner une histoire.

Au Djolof, ses proches l’ont déjà écrite en lettres de fidélité. Au Sénégal, l’avenir dira si elle sera écrite en lettres de légende.

Related posts

Don de sang : quand Pastef choisit la vie plutôt que la politique

Tournée de Sonko : de Louga a djolof, la démonstration de force qui inquiète ses adversaires

Réplique salée de Toussaint Manga à Mary Teuw Niane : « Le comportement typique d’un grand imposteur »