Le rugissement s’est mué en murmure. Ce lundi 2 février, dans le huis clos électrique des bureaux de la Sûreté Urbaine (S.U.), l’ancien baron du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), Doudou Wade, a troqué son costume de tribun incendiaire pour celui d’un funambule judiciaire. Acculé par des preuves sonores accablantes, le vieux lion du libéralisme a livré une performance de déminage sémantique qui restera dans les annales des interrogatoires de police.
DE LA FOUGUE AU DÉMINAGE : L’ESPRIT D’ESQUIVE
Il y a quelques jours encore, sur le plateau de la TFM, Doudou Wade dictait le tempo d’un débat qu’il voulait de rupture. Mais face aux limiers de la S.U., la donne a changé. Mis au pied du mur par l’enregistrement de ses propres propos — évoquant l’élimination du Premier ministre et agitant le spectre d’un « putsch » — le tribun s’est livré à une véritable opération de déconstruction désespérée.
Fini les attaques frontales, place aux acrobaties de langage. Chaque phrase explosive a été passée au crible, et pour chaque saillie, Doudou Wade a déployé un trésor d’ingéniosité pour en vider la substance subversive.
LE MIRAGE DE L’ALLÉGORIE
Ce qui résonnait dans les salons de Dakar comme un appel au chaos s’est métamorphosé, sous le procès-verbal, en une inoffensive « analyse pédagogique ». Devant les enquêteurs, le schéma était systématique :
-
Le « Putsch » ? Une simple figure de style historique.
-
L’élimination politique ? Une maladresse de langage sortie de son contexte.
-
L’offense ? Une « allégorie » mal comprise par des esprits trop littéraux.
En tentant de travestir ses diatribes en leçons de sciences politiques, l’ancien président du groupe parlementaire libéral a tenté de briser l’élan d’une machine judiciaire lancée pour offense au Chef de l’État et menace à la sécurité publique.
LE COUPERET DE LA LOI EN SUSPENS
Malgré cette laborieuse stratégie de l’esquive, le malaise est palpable. La virulence médiatique, qui fait le sel des émissions de grande écoute, s’est fracassée contre la réalité froide du Code pénal. En cherchant à « expliquer » l’inexplicable, Doudou Wade a montré les limites de la provocation politique à l’ère de la reddition des comptes.
Le débatteur fougueux a laissé place à un justiciable prudent, dont le sort dépend désormais de l’interprétation que le parquet donnera à ses « allégories » tardives.
« C’est la métamorphose classique du politique : lion à l’antenne, agneau devant le PV. Le problème, c’est que les enregistrements, eux, ne pratiquent pas l’allégorie. » — Note d’un observateur judiciaire.
L’OEIL DU REPORTER
Doudou Wade a-t-il sauvé sa tête par ce rétropédalage millimétré ? Si la stratégie de l’esquive peut ralentir la procédure, elle érode sérieusement la stature de celui qui se voulait le porte-voix d’une opposition sans concession. En vidant ses propos de leur venin devant la police, il a aussi, par la même occasion, affaibli son propre poids politique. La justice dira si le déminage sémantique suffit à effacer l’offense.
Par Matar Baya DIOP, SUNUGAL 24