Prix qui grimpent, carburant plus cher, ménages sous pression et absence prolongée du Conseil des ministres : à Dakar comme dans les quartiers populaires, une même question revient avec insistance. Où va le pays et quand le gouvernement prendra-t-il pleinement la parole ?
Il y a des moments où l’humeur d’un pays se lit mieux dans les marchés que dans les discours officiels.
Ces dernières semaines, il suffit de parcourir les étals des marchés dakarois pour mesurer la tension qui gagne les ménages. La viande devient un produit de plus en plus difficile à mettre régulièrement dans la marmite. Les légumes connaissent des poussées de prix. Le carburant a augmenté. Et derrière chaque hausse, c’est le même budget familial qui encaisse.
Dans ce Sénégal du quotidien, la question n’est plus simplement de savoir combien coûte le kilogramme de viande ou le litre de carburant.
Elle est devenue beaucoup plus profonde : combien de temps encore les familles pourront-elles absorber ces hausses sans réduire davantage leur consommation ? de 21,9 %.
Des statistiques qui, sur le papier, peuvent sembler supportables. Mais dans les ménages, l’arithmétique est différente.
Le panier de la ménagère sous pression
Le problème n’est pas seulement celui d’une inflation générale. C’est celui de l’accumulation.
Quand le prix de la viande augmente, que les légumes deviennent plus chers, que le transport coûte davantage et que le carburant remonte à la pompe, le consommateur ne raisonne plus en taux d’inflation.
La viande est devenue l’un des symboles de cette tension. Une enquête de l’APS faisait déjà état, en juin, d’un prix pouvant atteindre 6 000 francs CFA le kilogramme dans certaines boucheries de Dakar, contre environ 3 500 francs deux ans auparavant. Les professionnels évoquaient notamment le coût de l’alimentation du bétail, la faiblesse de l’offre et les difficultés d’approvisionnement en provenance de certains pays de la région.
Pour une famille qui vit avec un revenu fixe, chaque hausse n’est donc pas une donnée statistique. C’est une portion de riz en moins, une viande devenue exceptionnelle, une facture repoussée ou une dette supplémentaire.
Le carburant vient ajouter une nouvelle couche de pression
À cette tension alimentaire s’est ajoutée, depuis le 15 août, une hausse des prix des carburants.
Le gouvernement a fixé le supercarburant à 990 francs CFA le litre, soit une hausse de 70 francs, et le gasoil à 755 francs, soit 75 francs supplémentaires.
L’exécutif justifie cette décision par l’explosion des cours internationaux du pétrole et par le poids croissant des subventions énergétiques. Selon le gouvernement, l’État avait déjà absorbé plus de 245 milliards de francs CFA de hausse pour le seul secteur des carburants depuis le début de l’année et aurait dû mobiliser encore environ 47 milliards supplémentaires sur une seule période mensuelle sans ajustement.
Et puis il y a le silence
Mais au-delà des prix, une autre préoccupation s’installe dans l’opinion : celle de la communication du pouvoir.
Le dernier Conseil des ministres officiellement publié remonte au 29 juillet 2026. Depuis, le traditionnel rendez-vous hebdomadaire n’a pas repris, notamment le 12 août, date à laquelle la réunion n’a pas eu lieu.
Or le Conseil des ministres n’est pas qu’une formalité administrative.
Dans un pays traversé par des interrogations économiques et sociales, il constitue aussi un moment de lisibilité de l’action gouvernementale : décisions, orientations, arbitrages, nominations, réponses aux urgences nationales.
Son absence prolongée nourrit donc les interrogations.
Pourquoi cette interruption ?
Le gouvernement a-t-il privilégié un autre mode de fonctionnement ?
Y a-t-il une raison politique ou simplement un calendrier particulier ?
Et surtout : qui explique aux Sénégalais ce qui est en train de se passer ?
Ce sont ces questions qui commencent à peser.
Le problème est donc peut-être moins l’absence absolue de communication que l’absence d’un récit politique clair et régulier permettant aux citoyens de comprendre la situation du pays, les difficultés rencontrées et la stratégie retenue pour y répondre.
Car communiquer dans une période difficile ne signifie pas forcément annoncer de bonnes nouvelles.
Cela signifie expliquer.
Reconnaître les difficultés.
Donner des échéances.
Dire ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Et surtout, donner aux citoyens le sentiment que quelqu’un tient le gouvernail.
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