Le débat, encore informel, prend déjà une tournure hautement sensible. Le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, a publiquement mis en garde le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, contre un éventuel soutien du Sénégal à une candidature de l’ancien chef de l’État, Macky Sall, au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Dans un message au ton grave publié sur le réseau social X (ex-Twitter), le défenseur des droits humains estime qu’un tel appui constituerait « une trahison », au regard du lourd passif en matière de violations des droits humains qu’il impute au régime sortant. Seydi Gassama évoque notamment « la mémoire de plus de 65 Sénégalais tués sous le régime de Macky Sall », faisant référence aux violences politiques qui ont marqué les dernières années de son pouvoir.
Le responsable d’Amnesty International rappelle en particulier les événements liés à la crise institutionnelle de février 2024, lorsque la décision de reporter l’élection présidentielle avait entraîné des manifestations durement réprimées. « Quatre personnes ont été tuées à la suite de cette décision », souligne-t-il, pointant une responsabilité politique toujours en attente de clarification judiciaire.
Dans son interpellation directe au chef de l’État, Seydi Gassama adopte un ton sans détour :
« Sans le sacrifice de ces jeunes Sénégalais, dont les familles attendent toujours que justice soit rendue, vous ne seriez jamais devenu président de la République », écrit-il à l’adresse de Bassirou Diomaye Faye, rappelant le contexte de mobilisation populaire ayant précédé l’alternance politique.
Au-delà du cas sénégalais, le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal a élargi son message aux États membres de l’Union africaine, les appelant à la cohérence. Il rappelle que l’ONU repose sur trois piliers fondamentaux : « la paix et la sécurité, le développement et les droits humains », laissant entendre qu’un candidat associé à de graves accusations de violations ne saurait incarner ces valeurs.
Cette sortie publique, rare par sa virulence, place le nouveau pouvoir sénégalais face à une équation délicate, à la croisée des impératifs diplomatiques et des attentes fortes en matière de justice et de rupture avec le passé. Elle ravive également le débat sur l’impunité et la responsabilité des dirigeants africains sur la scène internationale.
À ce stade, aucune réaction officielle n’a été enregistrée du côté des autorités sénégalaises, pas plus qu’une confirmation formelle d’une éventuelle candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU. Mais la prise de position de Seydi Gassama agit déjà comme un avertissement politique et moral, dans un contexte où chaque signal envoyé par le nouveau régime est scruté de près, au Sénégal comme à l’étranger.
Mariata beye pour sunugal 24