C’est un dossier qui fait tache au sein d’une institution déjà fragilisée. P. C. Bodian, chef de la Subdivision de coordination et de suivi aux Ressources humaines de La Poste, dort désormais en cellule. Derrière ce titre ronflant se cachait, selon l’enquête, un prédateur méthodique qui, pendant trois ans, a siphonné les maigres compléments de pension de ceux qui ont servi l’État toute leur vie.
LE MÉCANISME DE LA PRÉDATION : DES CHÈQUES VOLÉS AU VOL
Pendant que La Poste tentait de se restructurer, P. C. Bodian, lui, structurait son propre enrichissement. En tant que responsable du suivi aux Ressources humaines, il avait la haute main sur les chèques destinés aux compléments mensuels de pension des anciens agents.
Le mode opératoire était d’une simplicité déconcertante et d’un cynisme absolu :
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La Saisie : Avant même que les chèques ne puissent rejoindre leurs destinataires, Bodian en soustrayait systématiquement plusieurs.
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Le Passage à la Banque : Muni de ces titres de paiement, il se rendait à l’établissement financier pour encaisser les fonds en lieu et place des retraités.
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La Durée : Le manège a duré de 2022 à 2025, pour un préjudice total estimé à plus de 32 millions de francs CFA.
LA FIN DU SILENCE : LA RÉCLAMATION DE TROP
Le « système Bodian » reposait sur la discrétion et, sans doute, sur la vulnérabilité d’un public âgé, peu enclin à contester les méandres administratifs. Mais le château de cartes s’est effondré suite à la ténacité d’un retraité.
Lassé de ne jamais voir la couleur de ses dus, cet ancien agent a multiplié les réclamations. Ses plaintes répétées ont fini par alerter la Direction de l’Inspection et de l’Audit de la boîte. L’enquête administrative qui a suivi a été sans appel, mettant à nu une hémorragie financière interne que personne n’avait voulu — ou pu — voir pendant trois ans.
L’HEURE DES COMPTES
Aujourd’hui, le mis en cause fait face à une montagne de charges : détournement de deniers publics, faux et usage de faux. Placé en garde à vue, il devra expliquer comment il a pu, en plein jour, priver des pères et mères de famille de leurs compléments de revenus dans une période de vie où chaque franc compte.
L’OEIL DU REPORTER
L’affaire Bodian est le symptôme d’une faillite des mécanismes de contrôle interne à La Poste. Qu’un cadre puisse détourner des chèques pendant trois ans sans être inquiété pose la question de la complicité ou, à tout le moins, d’une négligence coupable au sein de la chaîne de paiement. Au-delà des 32 millions, c’est le contrat de confiance entre La Poste et ses retraités qui vient d’être déchiré. Pour les victimes, le remboursement sera le seul véritable critère de justice.
Par Matar Baya DIOP, SUNUGAL 24