La tension ne faiblit pas au sein du Parlement. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi, le député de l’Alliance pour la République (APR), Abdou Mbow, a lancé une vive charge contre la présidence de l’Assemblée nationale, dénonçant un détournement de moyens logistiques et une multiplication abusive de postes de conseillers payés sur les deniers publics.
Au cœur des accusations du responsable républicain figure la gestion du parc automobile de l’institution. Selon des propos relayés par Actusen, Abdou Mbow affirme que les véhicules d’abord affectés aux membres du bureau et aux présidents de commission parlementaire ont été confisqués pour être réattribués à d’anciens ministres reconvertis en conseillers auprès du président de l’Assemblée nationale.
Une situation jugée d’autant plus opaque que le renouvellement des véhicules pour les députés de la 15ᵉ législature fait déjà l’objet de vives polémiques. Récemment attaqué par le député non inscrit Thierno Alassane Sall sur la gestion de ces achats, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, assurait pourtant le 5 janvier 2026 que la procédure de passation des marchés suivait « scrupuleusement » la réglementation sous le contrôle de la questure. Une posture appuyée par Serigne Modou Guèye, leader de l’Union Patriotique (UP/Beug Sa Rëw), qui martelait : « Comment peut-on interdire aux représentants du peuple de disposer de véhicules ? Nos députés doivent bénéficier de bonnes conditions de travail, y compris des moyens de locomotion de qualité. »
Pour Abdou Mbow, la réalité en coulisses dément les discours d’austérité. Le député de l’APR dénonce l’existence de conseillers grassement rémunérés par le trésor public sans qu’aucune prestation effective ne soit fournie. Selon lui, ces collaborateurs ne se rendent jamais à l’hémicycle et ne disposent d’aucun bureau au sein de l’institution.
Comparant l’effectif actuel aux gestions passées, il soutient qu’aucun titulaire du perchoir n’a jamais disposé d’autant de conseillers, citant l’exemple de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Mame Diop, qui n’en aurait compté aucun. Abdou Mbow pointe du doigt le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il accuse d’avoir théorisé et installé un dispositif similaire au sommet de l’État.
Du « Tog mouy dokh » au « Teudd thi clim mouy dokh »
Fustigeant l’attitude de la nouvelle majorité, Abdou Mbow s’en est pris directement aux promesses de rupture des dirigeants actuels, les accusant d’avoir trompé les Sénégalais pour s’emparer des ressources de l’État.
Utilisant l’ironie, le parlementaire de l’APR a rappelé l’expression « Tog mouy dokh » (gagner sa vie sans travailler), souvent employée par les tenants du pouvoir lorsqu’ils étaient dans l’opposition pour décrier les privilèges de l’ancien régime. Aujourd’hui, estime-t-il, l’équipe en place fait pire et s’adonne au « teudd thi clim mouy dokh » — percevoir un salaire garanti en restant confortablement couché sous la climatisation.
Alors que le climat politique reste particulièrement tendu entre l’exécutif, la majorité parlementaire et l’opposition, ces révélations risquent d’alimenter de nouvelles controverses sur le fonctionnement et le budget de l’Assemblée nationale.
Par MATAR BAYA DIOP
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