Brassards rouges au bras, les travailleurs du Conseil départemental de Kaffrine sont montés au créneau pour dénoncer la suspension des augmentations de salaire dont ils bénéficiaient depuis janvier 2026. Ils parlent d’une injustice et interpellent les autorités étatiques. De son côté, le vice-président du Conseil départemental, Daouda Vilane, invoque des difficultés budgétaires pour expliquer cette décision.
La frustration est palpable chez les travailleurs du Conseil départemental de Kaffrine. Réunis en point de presse, brassards rouges au bras, ils ont dénoncé la suspension de leurs acquis liés à la revalorisation salariale des agents des collectivités territoriales. Une situation qu’ils jugent injuste. D’autant plus qu’ils affirment avoir commencé à percevoir les augmentations. Ils les avaient constatées avant leur disparition sur les bulletins de salaire.
Face à la presse, Ibou Cissé, secrétaire général des travailleurs des collectivités territoriales du département de Kaffrine, est revenu sur les circonstances de cette revalorisation. Selon lui, en mai 2025, le président de la République avait pris un décret portant augmentation des salaires des agents des collectivités territoriales. Ensuite, les travailleurs avaient été invités à patienter jusqu’à l’exécution du budget 2025-2026.
L’attente avait finalement laissé place à un certain soulagement en janvier 2026, lorsque les agents avaient constaté les augmentations sur leurs bulletins de salaire. Celles-ci étaient accompagnées, selon leur représentant, d’un rappel de huit mois.
Mais cette satisfaction n’aura duré que quelques mois. En septembre, les travailleurs disent avoir découvert que les augmentations avaient été supprimées, sans explication préalable. « La grande surprise est qu’en ce mois de septembre, nous avons constaté que les acquis liés à l’augmentation ont été supprimés, sans aucune information ni justification », déplore Ibou Cissé.
Au-delà de la question salariale, c’est surtout le quotidien des agents qui se retrouve fragilisé. Entre les dépenses courantes et les charges liées à la rentrée scolaire, la suspension des augmentations complique davantage leur situation. Certains travailleurs, explique le secrétaire général, avaient même contracté des prêts bancaires en comptant sur ces revenus supplémentaires.
« Nous traversons des moments difficiles, surtout en cette période de rentrée scolaire. Beaucoup parmi nous avaient fait des prêts bancaires au moment où nous avions constaté que l’augmentation était appliquée. Vous imaginez aujourd’hui la situation », souligne-t-il.
Pour les travailleurs, il est urgent de trouver une solution. Ils interpellent le président de la République et le ministre chargé des Collectivités territoriales afin que leurs acquis soient rétablis. En outre, Ibou Cissé affirme que les agents du Conseil départemental de Kaffrine seraient les seuls travailleurs des collectivités territoriales du Sénégal à avoir subi une telle suppression de leurs augmentations.
Le point de presse se veut également un avertissement. « Ce point de presse est un signal de la suite de ce que nous allons faire si la situation n’est pas réglée », prévient le responsable syndical, laissant entendre que la mobilisation pourrait se poursuivre.
Le Conseil départemental met en avant le manque de moyens
En face, le vice-président du Conseil départemental de Kaffrine, Daouda Vilane, dit comprendre la colère des travailleurs et les difficultés qu’ils traversent. Toutefois, il défend la décision de l’institution en invoquant des contraintes financières. Selon lui, le Conseil départemental doit toujours faire face à la charge de 76 agents hérités de l’ancien Conseil régional. De plus, il ajoute que le coût de la revalorisation salariale résulte des accords entre l’État et les travailleurs. Ce coût est estimé à 54 millions F CFA par an.
Dans le même temps, la dotation de l’État n’a augmenté que de 4 millions F CFA. Elle est passée de 229 millions en 2025 à 233 millions en 2026. Pour Daouda Vilane, cet apport supplémentaire reste insuffisant pour couvrir les nouvelles charges. Il explique que le Conseil départemental a fait l’effort de payer les augmentations pendant plusieurs mois. Ensuite, il est revenu aux salaires de base, faute de ressources suffisantes. Selon lui, le règlement des arriérés nécessite désormais un accompagnement financier supplémentaire de l’État.
Le vice-président a également tenu à répondre aux accusations concernant une éventuelle augmentation des indemnités du cabinet. Il assure que celles-ci sont encadrées par des textes réglementaires.
Le désaccord reste donc entier. D’un côté, des travailleurs qui réclament le rétablissement de leurs augmentations et dénoncent une dégradation de leurs conditions de vie ; de l’autre, une institution départementale qui affirme ne plus disposer des moyens nécessaires pour supporter cette charge. La balle est désormais dans le camp des autorités compétentes, appelées à contribuer au dénouement de cette crise.
Have any thoughts?
Share your reaction or leave a quick response — we’d love to hear what you think!
