Loin du tumulte de la capitale et des projecteurs médiatiques, le Premier ministre a choisi l’ombre de la nuit pour se rendre au cœur de la ville sainte. Une visite aux allures de pèlerinage diplomatique qui interroge autant qu’elle fascine.
Le silence de Darou Miname
Jeudi soir, alors que le calme enveloppait la cité de Cheikh Ahmadou Bamba, un convoi discret fendait l’obscurité en direction du quartier de Darou Miname. Pas de sirènes hurlantes, pas de comité d’accueil en liesse, encore moins de caméras officielles. Ousmane Sonko, dépouillé de l’apparat protocolaire habituel, a franchi le seuil de la résidence de Serigne Mountakha Mbacké, Khalife général des mourides.
Cette visite, révélée par une source sure, s’est déroulée dans une confidentialité quasi religieuse. À 21 heures passées, le chef du gouvernement était encore assis sur les nattes du salon du Patriarche, confirmant la teneur exceptionnelle de cet échange.
Une diplomatie de l’ombre
Si l’entourage du Premier ministre évoque une démarche « strictement privée », la portée d’un tel déplacement ne peut être ignorée. Dans le code complexe des relations entre le pouvoir temporel et l’autorité spirituelle au Sénégal, chaque geste est un message.
En choisissant la discrétion totale, Ousmane Sonko semble vouloir privilégier la sincérité du lien direct avec le Khalife, loin des interprétations politiciennes. Est-ce une quête de bénédiction pour les chantiers de la « Rupture » ? Ou un échange stratégique sur la stabilité sociale du pays ? Le mystère reste entier, enfermé entre les murs de la résidence de Darou Miname.
Le poids du symbole
Ce n’est pas la première fois que le leader de l’exécutif se rend à Touba, mais le format de cette visite — nocturne et non annoncée — marque une rupture avec les habitudes. Pour de nombreux observateurs, cette proximité affichée avec Serigne Mountakha Mbacké, dans l’intimité du soir, témoigne d’une volonté de consolider un socle de confiance avec la communauté mouride, pilier incontournable de la nation.
Au moment où le convoi de plusieurs véhicules quittait discrètement la ville sainte, une seule certitude demeurait : dans la tranquillité de Touba, se sont jouées hier soir des partitions essentielles pour l’équilibre du pays.
Par Matar Baya DIOP, SUNUGAL 24