Agriculture, fibre, électricité : trois scandales, une même mécanique… et les mêmes acteurs dans l’ombre
Trois dossiers. Trois secteurs stratégiques. Des dizaines de milliards de francs CFA engagés.
Et au centre, un nom revient avec insistance : Saidou Kane.
Mais à mesure que les pièces du puzzle s’assemblent, une autre constante apparaît : la présence récurrente de la même banque espagnole, Banco Santander, dans le financement de ces projets.
Simple coïncidence… ou architecture bien rodée ?
Le même schéma, encore et encore
On connaissait le dossier AEE POWER qui a fait couler beaucoup d’encre et tenu en haleine le débat public depuis près de 2 ans maintenant. Désormais, d’autres dossiers s’ajoutent à la liste : Intermaq et SENUM. Les mécanismes se ressemblent troublamment :
- un projet stratégique porté par l’État (le régime de Macky Sall)
- un financement extérieur, souvent adossé à Banco Santander
- une entreprise espagnole positionnée
- et, en bout de chaîne, Saidou Kane comme intermédiaire… puis sous-traitant incontournable
Le montage est simple. Redoutablement efficace.
Saidou Kane :
– facilite l’arrivée d’un partenaire étranger
– se positionne localement via une société qu’il contrôle
– capte l’exécution opérationnelle… et donc une partie des flux financiers, sans compétences techniques et sans réellement exécutés les engagements
Intermaq & SENUM : le scandale des tracteurs et de la fibre
Dans ce dossier de plus de 85 milliards FCFA, la Cour des comptes, dans un rapport provisoire, pointe :
- des paiements massifs, sans respect du cadre juridique
- du matériel non livré
- et des flux financiers de plus de 15 milliards FCFA orientés vers des comptes privés
Même logique au ministère du numérique (SENUM) avec le projet PASSANT (Rapport public de l’ARCOP datant de novembre 2024 :
- 7,7 milliards d’avance jamais récupérés
- des prix jusqu’à 4 fois supérieurs aux standards
- des milliards payés pour des prestations inexistantes
Là encore, des circuits financiers opaques. Et aucune traçabilité claire des contreparties.
AEE Power : des fausses factures de la DGID et de la DCMP
Ayant appris que les avances de démarrage et de dépenses engagées ont été payées à la société espagnole AEE POWER EPC, Saidou Kane aurait produit de fausses factures de la DGID, de la DCMP et de l’ARCOP pour demander le paiement de factures respectivement de 900 millions, 500 millions et 91 millions. Ce qui lui a valu, de la part de la société espagnole, la résiliation de leur contrat de prestation. De là est né tout le tapage médiatique. Le système, qui a fonctionné partout, s’est rayé à l’ASER…
Le cœur du système : l’intermédiation captée
Ces dossiers ne révèlent pas seulement de possibles irrégularités. Ils rendent aussi comptent d’un modus operandi, savamment ourdi, pour détourner des fonds, en transformant la commande publique en chaîne de sous-traitance contrôlée
Quid de la Banco Santander, le fil rouge des financements
Dans tous ces projets, une constante revient : le recours à la Banco Santander pour structurer les financements.
Dès lors, plusieurs questions se posent :
- Comment cette banque se retrouve-t-elle impliquée dans autant de projets aussi sensibles au Sénégal ?
- Quels sont les mécanismes de sélection des partenaires ?
- Quel rôle exact jouent les intermédiaires locaux dans ces montages ?
Autant de questions qui continuent de nous tarauder l’esprit et qui méritent des éclairages