Dans un communiqué transmis à la presse ce jour, le collectif regroupant les anciens détenus et les victimes des troubles politiques survenus au Sénégal entre 2021 et 2024 brise le silence. Entre exigences de réinsertion et devoir de mémoire, ces citoyens appellent l’État à prendre ses responsabilités.
L’amertume des « oubliés de la République »
Ils ont connu les cellules de Rebeuss, de Cap Manuel ou de Diourbel. Ils portent encore les stigmates, physiques ou psychologiques, d’une période de haute tension qui a secoué les fondements de la démocratie sénégalaise. Aujourd’hui libres, ces anciens détenus politiques sortent de l’ombre pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’« abandon systématique ».
Le communiqué souligne une réalité brutale : pour beaucoup, la sortie de prison n’a pas été synonyme de retour à la vie normale. Perte d’emploi, interruption de cursus universitaire, stigmatisation sociale et traumatismes persistants constituent le lot quotidien de ces centaines de jeunes et de pères de famille.
Les trois piliers de la plateforme de revendication
Le collectif articule son action autour de trois axes fondamentaux, interpellant directement les nouvelles autorités du pays :
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La Réparation Intégrale : Le collectif exige une indemnisation à la hauteur des préjudices subis. « La liberté ne suffit pas si elle s’accompagne de la misère », martèle le texte.
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La Réinsertion Professionnelle et Sociale : Un appel est lancé pour la mise en place d’un guichet spécial permettant aux victimes de retrouver une activité génératrice de revenus ou de réintégrer les bancs de l’école.
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La Justice et la Vérité : Malgré la loi d’amnistie, le collectif réclame que la lumière soit faite sur les violences et que les responsabilités soient situées, afin que « plus jamais un Sénégalais ne soit inquiété pour ses opinions ».
Un devoir de mémoire nationale
Au-delà des aspects matériels, le communiqué insiste sur la dimension symbolique. Le collectif propose la création d’une journée de commémoration ou d’un mémorial dédié aux victimes des événements de 2021-2024. L’objectif : transformer cette douleur collective en un levier de résilience pour les générations futures.
« Nous ne sommes pas des fauteurs de troubles, mais des sentinelles de la démocratie qui ont payé le prix fort. La réconciliation nationale passera nécessairement par la reconnaissance de nos sacrifices », peut-on lire en conclusion du document.
Vers un dialogue avec l’exécutif ?
Ce communiqué sonne comme un test pour le gouvernement actuel. Alors que le pays cherche à panser ses plaies, la gestion de ce passif humanitaire et social s’impose comme une priorité pour garantir une stabilité durable. Le collectif se dit prêt au dialogue, tout en restant « mobilisé et vigilant ».
Par Matar Baya DIOP, SUNUGAL 24