Suite à sa déclaration controversée sur la distribution des fonds d’appui à la presse, Mame Makhtar Guèye a été auditionné hier dans les locaux de la Sûreté Urbaine du Commissariat Central de Dakar.
Comme annoncé par Seneweb, le responsable de Jamra a cité devant les enquêteurs Ibrahima Lissa Faye, responsable de la Coordination des associations de presse du Sénégal (CAP), et Habibou Dia, directeur de la Communication au ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique (MCTN). Informé, le procureur de la République près le tribunal de grande instance hors classe de Dakar a ordonné l’audition de ces derniers.
Que s’est-il passé exactement ?
Sur la RFM, Ibrahima Lissa Faye avait dénoncé la manière dont les fonds auraient été répartis, citant des bénéficiaires avec des chiffres à l’appui : « La presse privée a reçu 500 millions de francs CFA et quelques. Au même moment, les médias du service public et le Cesti ont bénéficié de plus d’un milliard de francs CFA. Il y a une inégalité dans la répartition des fonds », avait-il déclaré, portant de graves accusations contre le ministère de la Communication.
Quelque temps plus tard, dans une vidéo publiée par Sénégal 7 et transmise aux enquêteurs, Mame Makhtar Guèye est allé plus loin, affirmant que « l’aide à la presse est disponible mais les services du ministère ont fait du sédeulé bouki ». Il a détaillé l’évolution historique de cette aide :
« Au temps d’Abdou Diouf, l’aide à la presse était estimée à 700 000 francs CFA. Au temps d’Abdoulaye Wade, à 1 milliard, et au temps de Macky Sall, à 1 milliard 900 millions de francs CFA. Lorsque le Pastef est arrivé au pouvoir, les autorités ont pris 1 milliard pour le distribuer aux entreprises de presse qui font leur promotion et leurs éloges, et 900 millions pour les autres en leur disant : débrouillez-vous. Il n’y a que 3 télévisions qui ont reçu l’aide à la presse et peut-être une dizaine de médias en ligne. Tout le reste, (sédeulé bouki lagn ko def. Bi bouki bi ndiour bi samba. Li niaw na). Donc nous compatissons. »
Ces deux prises de position ont été jugées diffamatoires et de nature à porter atteinte à la crédibilité du Fonds d’appui au développement de la presse (FADP) ainsi qu’à jeter l’opprobre sur les membres de son Conseil de gestion.
En conséquence, la Direction de la Communication du MCTN aurait adressé un signalement au procureur de la République.
D’après le document, les allégations de Mame Makhtar Guèye et consorts s’apparentent, selon la même source, à une « entreprise caractérisée de diffusion de fausses nouvelles, de diffamation systématique et de manipulation délibérée de l’opinion publique », de nature à « porter une atteinte grave à l’intégrité du débat public » et à installer « un climat délétère de confusion, de défiance et de trouble » au sein des populations.
La convocation du directeur de la Communication s’inscrit, selon nos sources, dans une démarche visant à « porter à la connaissance de l’opinion publique des éléments factuels, vérifiables et irréfutables, de nature à rétablir avec rigueur et clarté la vérité des faits ».
Notre interlocuteur est formel : la mise en cours de publication du rapport du FADP « ne saurait en aucun cas constituer un prétexte pour tolérer la diffusion de propos diffamatoires ou de fausses informations ».