La sortie est spectaculaire, le propos tranchant. Depuis son exil en France, Madiambal Diagne affirme sans détour que le tandem formé par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko est voué à l’implosion. Pas une simple reconfiguration institutionnelle, mais bien une séparation politique profonde, aux conséquences majeures sur l’architecture du pouvoir.
S’exprimant sur la web TV Public Sn, dans des propos repris par Le Quotidien, le journal du groupe de presse qu’il a fondé au début des années 2000, le journaliste se veut catégorique : « La volonté de Bassirou Diomaye Faye de transformer son mouvement en parti politique est une option irréversible ». Une trajectoire qui, selon lui, scelle mécaniquement la fin de l’aventure commune avec Ousmane Sonko, dont l’ancrage politique et la stratégie personnelle ne s’inscriraient plus dans la même dynamique.
Pour Madiambal Diagne, la rupture ne se limitera pas au départ d’Ousmane Sonko de la Primature. Elle s’accompagnera d’un acte fort : la dissolution de l’Assemblée nationale. Une hypothèse lourde de sens, présentée comme un calcul politique destiné à barrer la route à l’actuel Premier ministre, que certains voient déjà se repositionner à la tête de l’institution parlementaire. « Ce sera pour éviter d’avoir un opposant à la tête de la seconde institution du pays, avec une majorité aussi large », avance-t-il, décrivant un scénario de recomposition brutale des équilibres institutionnels.
Cette lecture, qui tranche avec la communication officielle empreinte de continuité et de solidarité gouvernementale, jette une lumière crue sur les tensions latentes au sommet de l’État. Elle suggère que l’unité affichée depuis l’accession au pouvoir pourrait n’être qu’une alliance transitoire, rattrapée par les ambitions, les divergences stratégiques et la nécessité pour chaque camp d’affirmer sa propre identité politique.
La portée de ces déclarations est toutefois indissociable du contexte personnel de leur auteur. Madiambal Diagne s’exprimait depuis la France, où il s’est établi après avoir été visé par un mandat d’arrêt international émis par le Pool judiciaire financier (PJF). Il est poursuivi pour association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics, blanchiment de capitaux en bande organisée, usage de facilités liées à l’exercice d’une activité professionnelle, ainsi que pour complicité de ces infractions. Des accusations qu’il rejette en bloc, dénonçant un dossier à motivation politique.
Reste que ses propos, au-delà de la controverse judiciaire qui l’entoure, résonnent fortement dans un paysage politique encore en construction. Ils posent une question centrale : le projet porté par Bassirou Diomaye Faye peut-il survivre à une rupture avec celui qui en fut l’architecte politique le plus visible ? Et inversement, Ousmane Sonko peut-il se réinventer en figure d’opposition institutionnelle après avoir été le cœur battant de l’exécutif ?
Pour l’heure, le pouvoir se tait. Mais l’annonce radicale de Madiambal Diagne agit comme un avertissement : derrière l’apparente cohésion, le temps des clarifications approche. Et avec lui, celui des choix décisifs.
Mariata beye pour sunugal 24