Le verrou vient de sauter. Après deux mois de captivité dans les geôles du régime militaire, Domingos Simões Pereira (DSP), figure de proue de l’opposition bissau-guinéenne, a retrouvé sa liberté ce vendredi soir. Un élargissement qui porte la marque de la diplomatie sénégalaise, dépêchée au chevet d’un voisin une nouvelle fois plongé dans les tourments du putsch.
UNE RÉSIDENCE SOUS HAUTE ÉMOTION
C’est sous une escorte militaire stricte, mais dans une ferveur populaire indescriptible, que le leader du PAIGC a regagné son domicile dans l’est de Bissau. Accueilli par une marée de partisans entre larmes de joie et slogans historiques, DSP a retrouvé les siens après avoir été arrêté lors du renversement d’Umaro Sissoco Embaló fin novembre 2025.
Ce geste des nouvelles autorités de transition est perçu comme une première concession majeure. Dans une Guinée-Bissau où le processus électoral est gelé et la Constitution suspendue, la libération du « Sphinx de Bissau » est un signal envoyé tant à la rue qu’à la communauté internationale.
L’ARBITRAGE DE DAKAR : L’OMBRE DE BIRAME DIOP
La présence à Bissau du général Birame Diop, ministre sénégalais des Forces armées, n’a rien de fortuit. Dakar, fidèle à son rôle de « grand frère » régional et gendarme de la stabilité en Casamance voisine, a pesé de tout son poids pour obtenir cet apaisement.
Saluant une « ouverture nécessaire », l’émissaire sénégalais a martelé le message du Président Bassirou Diomaye Faye :
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Priorité au dialogue : Aucune transition ne sera viable sans l’inclusion des forces vives, PAIGC en tête.
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Stabilité régionale : Le Sénégal ne peut se permettre un foyer d’instabilité permanent à sa frontière sud.
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Retour à l’ordre constitutionnel : Dakar pousse pour un calendrier clair, loin des bruits de bottes.
UN ÉQUILIBRE FRAGILE POUR LA TRANSITION
Si la libération de DSP est une victoire pour les démocrates, le chemin vers la normalisation reste semé d’embûches. La junte militaire, qui tient les rênes depuis la chute d’Embaló, doit encore prouver sa volonté de rendre le pouvoir aux civils.
La Guinée-Bissau, tristement célèbre pour ses soubresauts institutionnels chroniques depuis 1974, joue une nouvelle fois sa survie démocratique. Domingos Simões Pereira, bien que libre de ses mouvements, se retrouve désormais au centre d’un échiquier où chaque pion déplacé pourrait rallumer la mèche.
« La libération de DSP n’est pas une fin en soi, c’est le début d’une négociation forcée. Sans lui, la transition n’avait aucune légitimité ; avec lui, elle doit maintenant trouver une issue. » — Analyse d’un diplomate de la CEDEAO.
L’OEIL DU REPORTER
En dépêchant son ministre de la Défense plutôt qu’un diplomate de carrière, le Sénégal montre qu’il traite la crise bissau-guinéenne comme un enjeu de sécurité nationale. Le retour de Domingos Simões Pereira dans l’arène politique est une soupape de sécurité pour la junte, mais aussi un défi : saura-t-il transformer ce « geste d’ouverture » en un véritable processus de paix ? Dakar, en tout cas, veille au grain.
Par Matar Baya DIOP, SUNUGAL 24