Le paysage médiatique sénégalais s’engage dans une transformation majeure. Réuni ce mercredi 7 janvier 2026, le Conseil des ministres a adopté le projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM), une nouvelle autorité appelée à remplacer le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Cette réforme marque un tournant décisif dans la modernisation du cadre institutionnel de l’information au Sénégal, confronté aux bouleversements induits par le numérique.
Portée par le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, cette initiative se veut une réponse structurelle à l’évolution rapide des usages, des supports et des acteurs de l’information. Devant le gouvernement, le ministre a défendu une régulation « modernisée, adaptée et équilibrée », destinée à garantir des médias à la fois libres, responsables et crédibles dans un environnement informationnel profondément reconfiguré.
Alioune Sall a tenu à lever toute ambiguïté sur l’esprit de la réforme. Il ne s’agit ni d’un recul démocratique ni d’un instrument de contrôle accru, mais d’une adaptation nécessaire à une réalité médiatique qui n’a plus rien à voir avec celle de 2006, année d’adoption de la loi régissant le CNRA. « La technologie a changé, les pratiques ont évolué, la régulation doit suivre », résume-t-on au ministère.
L’une des principales innovations du CNRM réside dans l’extension de son champ de compétence. Là où le CNRA se limitait essentiellement à la radio et à la télévision, le nouveau Conseil couvrira désormais l’ensemble de la chaîne de valeur de l’information. Presse en ligne, plateformes numériques, créateurs de contenus, médias étrangers accessibles depuis le territoire national : tous sont appelés à entrer dans le périmètre de la régulation.
Cette approche repose sur un principe central défendu par le ministre : la neutralité technologique. À espace public identique, les responsabilités doivent être les mêmes, quel que soit le support de diffusion. Une posture qui vise à mettre fin à l’asymétrie réglementaire entre médias traditionnels et acteurs numériques, souvent accusés d’échapper à tout cadre normatif.
Réguler sans censurer, protéger sans museler
Conscient des craintes que peut susciter toute réforme touchant à la liberté d’expression, le gouvernement insiste sur la finalité protectrice du CNRM. « Réguler n’est pas censurer, réguler c’est protéger », martèle la note explicative du ministère. Le futur Conseil aura pour mission de prévenir les dérives portant atteinte à la dignité humaine, de lutter contre la désinformation et de contribuer à l’assainissement de l’espace public.
Le texte prévoit une gouvernance fondée sur la transparence, avec des pouvoirs de contrôle et de sanction strictement encadrés par la loi. Le respect des droits de la défense, la proportionnalité des sanctions et les voies de recours sont présentés comme des garde-fous essentiels pour garantir l’indépendance et la crédibilité de l’institution.
En filigrane, cette réforme traduit une conviction politique forte : une information responsable constitue l’un des piliers de la démocratie. En dotant le Sénégal d’un organe de régulation adapté aux défis du numérique, Alioune Sall entend renforcer la confiance du public envers les médias, tout en préservant la vitalité et la pluralité du débat démocratique. Un équilibre délicat, mais désormais assumé comme une nécessité nationale.
Mariata beye pour sunugal 24