Le séisme était attendu, il est désormais effectif. Plus d’un mois après le retrait d’Ousmane Sonko de la Primature, le dernier Conseil des ministres a marqué un tournant. Par une vague de nominations d’envergure, le Président Bassirou Diomaye Faye a opéré un renouvellement quasi chirurgical des instances publiques, écartant plusieurs figures gravitant dans l’orbite de l’ex-Premier ministre.
Une mise à l’écart méthodique
Le message envoyé par le Palais est sans équivoque : la nouvelle architecture de pouvoir souhaite s’affranchir de certains héritages. Les départs d’Aïssatou Mbodji (DER/FJ), de Toussaint Manga (LONASE) et de Ngagne Demba Touré (SOMISEN) actent la fin d’une séquence. En remplaçant ces profils identifiés comme des piliers sonkoïstes par des technocrates ou des profils aux trajectoires plus éclectiques, le Chef de l’État imprime sa propre marque.
Des profils de techniciens pour un pilotage recentré
Le choix des successeurs témoigne d’une volonté de privilégier l’expertise technique sur la proximité politique directe :
DER/FJ : L’arrivée du Dr Abdoulaye Niane, ancien patron de la BNDE, à la tête de la délégation, signe le retour d’un fin connaisseur des finances, à la trajectoire politique sinueuse, allant de la campagne Sonko en 2019 à la coalition présidentielle actuelle.
LONASE : Abdourahmane Baldé, juriste fiscaliste, récupère les rênes de la société nationale, marquant le retour d’un profil technique éprouvé.
SOMISEN et PETROSEN : La nomination de Mamady Touré (géologue) à la mine et de Thierno Seydou Ly à la Holding pétrolière confirme une stratégie de professionnalisation des leviers économiques stratégiques du Sénégal.
Le cas du CROUS : La nomination qui fait débat
Si les nominations techniques passent au second plan, la désignation de Baye Mayoro Diop à la tête du CROUS de Bambey cristallise les tensions. Connu pour ses sorties critiques virulentes contre Ousmane Sonko, ce choix est perçu par beaucoup comme une provocation politique ou, à tout le moins, comme un signal fort de rééquilibrage au profit de voix dissonantes vis-à-vis de l’ancien Premier ministre.
Vers une nouvelle lecture du pouvoir
Ces décisions ne sont pas de simples changements de poste ; elles dessinent les contours d’une nouvelle gouvernance. Alors que les spéculations sur les relations entre le Président et son ancien allié vont bon train, ce remaniement suggère une volonté de Bassirou Diomaye Faye de reprendre totalement la main sur les leviers stratégiques de l’État. Le Président semble avoir décidé de substituer à la fidélité partisane une loyauté institutionnelle plus directe.
Une stratégie qui, si elle offre une plus grande latitude au Chef de l’État, n’est pas sans risque politique pour la stabilité de sa base électorale.
Ce remaniement marque-t-il la fin de l’influence directe de l’ex-Premier ministre sur les leviers de l’État, ou s’agit-il simplement d’une phase nécessaire de professionnalisation des administrations publiques ?
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