Ce mercredi 22 avril, Macky Sall se soumet à l’épreuve décisive du grand oral devant l’Assemblée générale de Organisation des Nations unies. Trois heures durant, l’ancien chef de l’État sénégalais devra déployer toute sa force de conviction pour imposer sa candidature comme l’option la plus crédible au poste de Secrétaire général.
Jusqu’ici, l’ex-président s’est distingué par une présence médiatique sans équivalent parmi les prétendants. Sa candidature, portée à l’Union africaine par le Burundi mais rejetée par une vingtaine de pays — dont le Sénégal lui-même —, a suscité de vifs débats. Dans son sillage, prises de parole de ses proches et activisme numérique de comptes affiliés ont contribué à entretenir une visibilité constante, parfois jugée envahissante.
Or, cette surexposition médiatique pourrait bien se révéler à double tranchant. « Macky Sall semble miser sur l’omniprésence médiatique, comme pour pallier une éventuelle fragilité diplomatique », confie, sous couvert d’anonymat, un diplomate africain cité par Jeune Afrique. Le média pointe également une faille stratégique : une campagne à la communication diffuse, largement relayée sur les réseaux sociaux, mais dépourvue de véritable centre de gravité organisationnel.
Un autre fin connaisseur des arcanes onusiennes abonde dans ce sens. Selon lui, l’hypermédiatisation s’accorde mal avec les subtilités d’un processus où l’essentiel se joue en coulisses. « Il ne s’agit pas de séduire une opinion publique, mais de parvenir à un compromis acceptable pour les membres du Conseil de sécurité, notamment les P5 », rappelle-t-il. Dans ce huis clos diplomatique, une visibilité excessive peut être interprétée comme une politisation inopportune, voire comme l’expression d’une ambition jugée trop démonstrative.
L’histoire récente offre à cet égard un précédent éclairant. En 2016, Vuk Jeremić, après une campagne très médiatisée, avait été écarté au profit de António Guterres, dont l’approche, plus feutrée et institutionnelle, avait su rallier les suffrages décisifs. Un rappel qui, à l’heure du grand oral, résonne comme un avertissement.