Un hémicycle qui se filme lui-même. L’image est forte, le symbole assumé. À l’Assemblée nationale du Sénégal, le projet de loi n°02/2026 portant création d’une chaîne parlementaire est désormais examiné en séance plénière, après une adoption à l’unanimité en commission. Présentée comme un jalon décisif dans la modernisation institutionnelle, l’initiative soulève toutefois une question centrale : combien coûtera cette vitrine audiovisuelle et, surtout, qui en supportera durablement la charge ?
Le texte est sans ambiguïté : la future chaîne sera financée exclusivement par le budget de l’Assemblée nationale. Aucun recours à la publicité, aucune activité commerciale, aucune ressource externe ne viendront compléter l’enveloppe allouée.
Pour les auteurs du projet, ce choix stratégique est le socle de l’indépendance éditoriale. En s’affranchissant de toute pression économique, la chaîne entend se consacrer exclusivement à l’information institutionnelle, à la communication parlementaire et à la formation civique. Une ligne éditoriale qui la distingue des médias classiques et l’inscrit dans la catégorie des services publics audiovisuels.
Mais cette pureté budgétaire a un coût : celui d’un financement intégralement supporté par les deniers publics déjà affectés à l’institution parlementaire.
Autre singularité du dispositif : la chaîne ne sera pas placée sous la tutelle du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Au nom du principe de séparation des pouvoirs, l’Assemblée nationale assurera son propre mécanisme d’autorégulation.
Un Conseil éditorial, placé sous la supervision du Bureau de l’institution, sera chargé de veiller au respect de l’équilibre, du pluralisme et de l’impartialité. Un modèle qui suscite déjà des interrogations dans certains cercles médiatiques, où l’on s’interroge sur la capacité d’une institution à se réguler elle-même sans susciter de soupçons de parti pris.
Des coûts structurels considérables
Derrière l’enthousiasme affiché, les débats en commission ont révélé des préoccupations très concrètes. Installer une chaîne de télévision ne se résume pas à poser des caméras dans l’hémicycle.
Il faudra investir dans :
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des équipements techniques de pointe ;
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des studios et régies modernes ;
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des systèmes de diffusion performants, y compris numériques ;
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une production de contenus originaux ;
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et surtout, une masse salariale composée de journalistes, techniciens, réalisateurs et personnels administratifs qualifiés.
À cela s’ajoute un défi logistique majeur : assurer la couverture des activités parlementaires non seulement à Dakar, mais aussi dans les régions et auprès de la diaspora. Une ambition qui implique des moyens humains et financiers substantiels.
Transparence ou charge supplémentaire ?
Les promoteurs du texte assurent que la gestion sera rigoureuse et conforme aux règles budgétaires en vigueur au sein de l’institution. Pour eux, le financement public exclusif est le seul gage de crédibilité et de neutralité, un investissement démocratique destiné à rapprocher les citoyens de leurs représentants.
Reste une interrogation légitime : dans un contexte budgétaire souvent contraint, cette nouvelle charge sera-t-elle absorbée sans affecter d’autres priorités parlementaires ? Le coût exact du projet n’a pas encore été détaillé publiquement, alimentant les spéculations.
Si le projet est adopté en plénière, l’Assemblée nationale franchira une étape inédite dans sa stratégie de communication et de transparence. À l’heure où la défiance envers les institutions traverse de nombreuses démocraties, la télévision parlementaire se veut un outil de pédagogie civique et de visibilité des débats.
Mais au-delà du symbole, c’est bien la soutenabilité financière du dispositif qui déterminera sa pérennité. La question n’est plus seulement de savoir si la chaîne verra le jour, mais si l’institution est prête à en assumer, seule, la facture — sur la duré
Mariata beye pour sunugal 24