Sous le ciel lourd de la banlieue dakaroise, la frontière entre le secret des alcôves numériques et la violence de la rue a volé en éclats ce mardi 13 janvier. Ce qui ne devait être qu’une rencontre arrangée dans l’ombre des réseaux sociaux s’est mué en une scène de chaos, sauvé de justesse par l’intervention de la Sûreté Urbaine.
L’extraction de l’abîme
Tout a basculé lorsque les cris de la foule ont déchiré le calme du quartier. Deux hommes, pris au piège d’une colère collective grandissante, ont failli succomber à la loi du lynchage. Il aura fallu l’intervention providentielle d’un agent de police, s’interposant entre les suspects et une « vindicte populaire » prête à tout, pour extraire les deux individus de cette spirale de violence.
Désormais à l’abri des murs gris du Commissariat Central de Guédiawaye, les deux hommes font face à une réalité judiciaire glaciale : des poursuites pour association de malfaiteurs, actes contre nature et collecte illicite de données à caractère pornographique.
Le piège de « Yacine Mbaye »
L’enquête de la Sûreté Urbaine dessine les contours d’un dossier complexe où le virtuel a piégé le réel. Selon les premières auditions, le drame prend racine sur Facebook.
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La version de l’offre : L’un des suspects affirme avoir été sollicité pour une prestation tarifée.
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La version de la demande : Le second soutient avoir cru contacter une travailleuse du sexe via une page au nom évocateur : « Yacine Mbaye ».
C’est dans l’intimité de la rencontre que le masque est tombé. Une dispute brutale sur l’identité de genre de l’un des protagonistes a éclaté, les éclats de voix alertant un voisinage déjà sur le qui-vive. En quelques minutes, l’altercation privée s’est transformée en une affaire d’État sociale.
Un miroir des tensions sociales
Cette arrestation n’est pas qu’un simple fait divers. Elle illustre la collision permanente au Sénégal entre la vie privée digitalisée et une morale publique de plus en plus prompte à se faire justice elle-même.
Alors que les deux mis en cause ont été placés en garde à vue, les enquêteurs scrutent désormais les téléphones portables. La collecte de données pornographiques, nouveau fléau de l’ère numérique, est au cœur des investigations. Pour Guédiawaye, le calme est revenu, mais l’onde de choc, elle, ne fait que commencer.