Le rideau s’est levé ce mardi devant la Chambre criminelle de Dakar sur l’un des dossiers les plus sensibles de ces dernières années : l’affaire de la pouponnière « Keur Yeurmandé ». Mais pour les familles des victimes et pour la principale accusée, Ndella Madior Diouf, l’attente se prolonge. Le tribunal a prononcé le renvoi de l’affaire au 10 février 2026.
L’objectif de ce report est clair : assurer la comparution de l’ensemble des témoins, des parties civiles et des coaccusés qui, contrairement à la figure de proue du dossier, comparaissent libres sous contrôle judiciaire.
Le bracelet électronique refusé
Dans le box des accusés, Ndella Madior Diouf est apparue marquée par deux années de détention. Son conseil, Me Aboubacry Barro, a tenté une offensive juridique pour obtenir sa mise en liberté provisoire, allant jusqu’à proposer le placement sous bracelet électronique.
L’avocat a plaidé la fibre humanitaire, évoquant le deuil personnel de sa cliente — qui a perdu son père en détention — et défendant sa mission initiale : celle de « sauver des vies » et d’offrir un refuge pour prévenir les infanticides.
La fermeté du Parquet : « Risque de collusion »
Des arguments qui se sont heurtés au mur de l’accusation. Le procureur a opposé une fin de grimace catégorique, invoquant trois piliers non négociables :
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La gravité exceptionnelle des faits reprochés.
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Le trouble à l’ordre public persistant autour de cette affaire.
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Le risque de collusion, le ministère public craignant une pression sur les témoins avant le grand déballage de février.
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet, maintenant l’animatrice et directrice de la structure derrière les barreaux.
Un dossier aux dix chefs d’accusation
Rappelons que le dossier « Keur Yeurmandé » est un catalogue de griefs accablants. Ndella Madior Diouf et ses complices présumés font face à dix chefs d’inculpation, dont :
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Traite de personnes et mise en danger de la vie d’autrui ;
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Exercice illégal de la médecine ;
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Privation de soins ayant entraîné la mort et homicide involontaire.
Placée sous mandat de dépôt depuis décembre 2023, celle qui se présentait comme une protectrice de l’enfance devra encore patienter un mois en cellule avant de pouvoir s’expliquer sur les dysfonctionnements tragiques de sa structure.