Clédor Sène, figure bien connue du paysage politique sénégalais, a passé une nuit peu ordinaire dans les locaux feutrés, mais redoutés, de la Section de recherches de Colobane. L’activiste a été placé en garde à vue sur instruction du procureur de la République, à la suite d’une plainte déposée par le général Birame Diop, actuel ministre des Forces armées. Les chefs d’accusation ? Diffamation et diffusion de fausses nouvelles.
Un épisode à forte charge symbolique, qui mêle le verbe acéré d’un opposant notoire à la susceptibilité blessée d’un haut gradé de l’armée devenu ministre d’État.
L’étincelle : une vidéo polémique vieille de six mois
Au cœur de la discorde, une vidéo remontant à plusieurs mois, dans laquelle Clédor Sène affirme l’existence d’une transaction foncière suspecte impliquant l’ex-président Macky Sall, le général Birame Diop (alors chef d’état-major général des armées) et Idan Perez, fils de l’homme d’affaires Gaby Perez.
Dans sa sortie, Sène prétend que l’ancien chef de l’État aurait cédé un terrain de 4 000 m² près du palais présidentiel en contrepartie de la construction du nouveau siège de la Direction de la gendarmerie à la caserne Samba Diéry Diallo. Il ajoute que le général Diop aurait eu connaissance de cette transaction et entretiendrait des relations avec la famille Perez.
Des accusations graves, que le ministre des Forces armées a découvertes récemment. Et selon les informations, après avoir visionné la vidéo dans son bureau, Birame Diop aurait vu rouge, se disant « personnellement offensé » et soucieux de « laver son honneur ». Il décide alors de porter plainte devant le parquet de Dakar.
Interrogatoire, rétractation et pardon sollicité
L’enquête est ouverte sans délai. Clédor Sène est convoqué et interpellé ce mardi par les enquêteurs de la Section de recherches. Il y passe la nuit en garde à vue.
Mais lors de son audition, l’activiste fait machine arrière. Il aurait retiré ses propos et présenté ses excuses au général-ministre. Un revirement qui pèsera lourd dans la suite du dossier.
En parallèle, plusieurs interventions discrètes, émanant de personnalités et médiateurs de l’ombre, s’activent pour apaiser les tensions. Et c’est ainsi que Birame Diop adresse, ce mercredi, une lettre de désistement au procureur de la République, renonçant à poursuivre son accusateur.
Entre honneur militaire et parole militante
L’affaire, bien qu’éteinte sur le plan judiciaire, soulève plusieurs questions. Jusqu’où peuvent aller les activistes et opposants dans leurs dénonciations publiques, souvent basées sur des informations non vérifiées ? Et à quel moment la parole devient-elle diffamatoire, surtout lorsqu’elle cible les plus hauts responsables de l’État ?
La réponse, ici, a pris la forme d’une procédure express, au parfum d’intimidation pour certains, mais aussi d’une démonstration de fermeté institutionnelle pour d’autres. Entre liberté d’expression et respect de l’honneur des personnalités publiques, l’équilibre reste fragile.
Si Clédor Sène s’en sort avec une garde à vue et des excuses publiques, cette affaire marque un tournant dans la gestion des discours accusateurs. Elle rappelle que les mots ont un poids, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans un climat politique chargé de rancœurs, de soupçons et de règlements de comptes post-alternance.
Mariata beye pour sunugal 24